La hausse du taux du Livret A coûtera plus d’un milliard d’euros aux banques

Bertrand De Meyer
En augmentant le taux de rémunération des livrets d’épargne réglementée au-delà de la formule établie, le gouvernement alourdit l’addition pour les banques.

C’est une relative bonne nouvelle pour les épargnants qui va coûter relativement cher aux banques. Bruno Le Maire a annoncé vendredi que le taux de rémunération du Livret A, plafonné depuis février 2020 à 0,5%, passera à 1% dès le premier février 2022. Celui du taux du livret d’épargne populaire (LEP), de 1% à 2,2%. Une hausse plus importante qu’anticipé puisque la règle de calcul aurait dû aboutir à une rémunération de 0,8% pour le Livret A. Elle n’empêchera toutefois pas le pouvoir d’achat des épargnants de s’éroder : la Banque de France rapporte une inflation de 2,8% en décembre.

Coût de 1% du PNB

La Caisse des dépôts (CDC) estimait à fin octobre l’encours total du livret à 343,5 milliards d’euros. Les banques, qui gardent environ 40% de l’encours des livrets à leur bilan et doivent donc assumer une part de la rémunération, paieront donc une partie du coup de pouce. «Nos premières estimations, sous l’hypothèse d’une hausse de 50 points de base du taux du Livret A notamment, débouchaient sur un coût pour les banques de moins d’un milliard d’euros. Un premier travail pour affiner ces calculs à la suite de la hausse supérieure pour le livret d’épargne populaire nous permet d’arriver à une fourchette comprise entre 1,1 et 1,5 milliard d’euros de coût pour les banques, soit environ 1% du PNB du secteur», explique à L’Agefi Raphael Quina, analyste en charge des banques françaises chez Fitch.
Les groupes distributeurs davantage pénalisés

Les groupes bancaires coopératifs et La Banque Postale, qui distribuent davantage ces produits, devraient être plus concernés que la Société Générale par exemple. L’analyste se veut toutefois rassurant : «Cela aura nécessairement des conséquences négatives sur les revenus, notamment pour les activités de banque de détail en France, mais pas particulièrement plus que le tassement que nous attendions déjà. » Contactée, la Fédération bancaire française n’a pas souhaité commenter.

C’est pour les bénéficiaires des prêts octroyés par la CDC que les conséquences seront les plus lourdes. L’institution, centralise environ 60% des encours des deux livrets ainsi que ceux du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) au sein de ses fonds d'épargne. Selon le dernier rapport annuel, elle en avait placé 112 milliards d’euros sur les marchés (88% en obligations et 12% en actions). Surtout, elle a utilisé 192 milliards d’euros pour octroyer des prêts de long terme, essentiellement pour financer les logements sociaux, au taux du Livret A augmenté de 60 points de base de marge.