La grande revue du prime brokerage post-Archegos se prépare

Franck Joselin
Après la chute du fonds, les banques vont devoir s’interroger sur la manière dont elles utilisent certains produits dérivés.
(Max Pixel)

Les prochaines semaines risquent d’être chargées pour les banques ayant une activité de prime brokerage. Même si toutes n’ont pas été touchées, les répercussions de la chute d’Archegos sur certaines d’entre elles, et plus précisément Credit Suisse et Nomura, les obligent à s’interroger sur leur gestion du risque. L’affaire Archegos fera jurisprudence chez les prime brokers, ces divisions des banques d’investissement qui procurent tous les services dont les gérants de hedge funds ont besoin. Car les deux banques ont failli, et elles comme leurs concurrents devront éviter que l'histoire ne se répète.

En premier lieu, la transparence sur les expositions d’un fonds n’est pas toujours complète. «Les expositions d’un hedge fund ne sont pas forcément toutes connues par son prime broker. Le hedge fund peut traiter la même valeur à la fois avec son prime broker et d'autres contreparties», explique David Benamou, associé gérant d’Axiom AI. En l’espèce, les principales exposées pouvaient, en toute bonne foi, ne pas avoir une vision globale des positions du fonds. Dans le cas d’Archegos, le statut de family office l’éloignait aussi des restrictions qui peuvent s’appliquer pour les fonds réglementés. En europe, par exemple, un fonds répondant à la réglementation européenne Ucits, ne peut pas être exposé à plus de 10% à un même prime broker. «Notre prime broker nous appelle tous les jours pour les appels de marge», explique un gérant. Mais, continue un professionnel, «lors de la revue des risques de contrepartie, si les différentes contreparties disposent des informations sur les expositions du fonds, les positions peuvent bouger très vite».

Cela est d’autant plus vrai pour les produits qu’utilisait Archegos, les CFD, contract for difference, ou des total return swap. Ces produits, qui peuvent être proposés par le prime broker, permettent aux gérants de fonds de ne pas être soumis aux différentes déclarations de seuil vis-à-vis des autorités et des effets de leviers importants. Ce qui complique encore la tâche du prime broker, qui n’est pas forcément dépositaire des fonds et n’a donc pas de vision sur le portefeuille entier de son client. «Une réflexion sur l’utilisation des CFD sera certainement engagée chez certains prime brokers dans les prochaines semaines», anticipe David Benamou. Ces réflexions pourront avoir des répercussions sur les comptes de résultat, car «les CFD ou les swaps sont une activité très lucrative pour les banques», souligne un professionnel.