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La blockchain sera-t-elle aussi prometteuse qu’on le pense ?

La blockchain sera-t-elle aussi prometteuse qu’on le pense ?
Raphaël Remond, Responsable Investment Management Solutions pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, en charge de State Street Paris

Raphaël Remond, responsable investment management solutions pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, en charge de State Street Paris, revient sur le principe de la blockchain et explique pourquoi, malgré son caractère expérimental, les institutions financières ne peuvent ignorer cette technologie.

Dans quelques années, qu’aurons-nous retenu des deux premières décennies du 21e siècle ? Peut-être pas la crise financière mondiale, ni même ses conséquences. On se souviendra sans doute davantage du rôle joué par l’innovation technologique dans la transformation et le bouleversement de notre manière de vivre, de travailler et de communiquer.

Les entreprises qui ne se mobilisent pas rapidement et résolument pour explorer ces nouvelles technologies, tandis que leurs concurrents s’y engagent, risquent de devenir obsolètes. Alors que les technologies émergentes et les avancées numériques incitent déjà les entreprises à repenser leur modèle économique, c’est toute la chaîne de valeur des services financiers qui est menacée par des perturbations majeures.

La blockchain est une des technologies de rupture les plus puissantes. Son attrait est évident : elle permet de distribuer, vérifier et conserver la trace d’une transaction de manière décentralisée et quasiment instantanée, avec une efficacité qui pourrait être très supérieure à celle des méthodes actuelles. Autrement dit, cette technologie pourrait créer une source d’authenticité unique pour toutes les transactions – un concept aux conséquences considérables.

Mais pourquoi les acteurs financiers n’ont-ils plus que le mot « blockchain » à la bouche ?

La confiance. La crise financière mondiale a engendré une perte de confiance majeure dans l’industrie. Or, la blockchain, avec sa capacité à automatiser les processus, a potentiellement le pouvoir de restaurer cette confiance. En permettant d’enregistrer chacune des transactions traitées par le biais du réseau d’échange, elle pourrait aboutir à l’émergence d’une chaîne de valeur et d’une structure de coût totalement différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui.

Sans aller trop loin dans des détails techniques : en principe, la réception d’un ordre est suivie par de nombreuses étapes de post-marché comprenant la compensation, le règlement-livraison et le reporting. Dans un monde intégrant la blockchain, toutes ces étapes auront été accomplies dès le placement de l’ordre, dans le cadre d’un système automatisé.

Autre avantage potentiel de la blockchain : elle pourrait soutenir la lutte contre le blanchiment d’argent en permettant de garder la trace des flux monétaires en temps réel. Il serait alors extrêmement facile de détecter d’éventuels transferts illégaux.

Le risque. La blockchain pourrait réduire le risque systémique. Dans un réseau, l’absence de parties centrales ou de contreparties réduit d’autant les points principaux de risque ou de défaillance. Un système qui fonctionnerait de manière distribuée, au lieu d’envoyer chaque message ou transaction vers un centre unique de validation, pourrait fortement réduire le risque systémique et augmenter ainsi la résilience du système financier.

La simplification. La blockchain a le potentiel de simplifier considérablement les flux de trading. Ce type de technologie ne remplacera probablement pas le trading à haute fréquence, compte tenu de la vitesse à laquelle fonctionnent déjà les marchés boursiers. Mais elle pourrait bénéficier au système dans son ensemble. Dans les cas où la rapidité d’exécution n’est pas primordiale, c’est l’efficacité du flux qui pourrait générer de la valeur ajoutée. De nombreux actifs, notamment les instruments de gré à gré, ne se négocient pas à haute fréquence. Dans de tels scénarios, la blockchain pourrait être un excellent moyen de rapprocher les parties.

Quel avenir pour la blockchain dans les services financiers ?

N’oublions pas que la blockchain est une technologie très expérimentale, qui en est encore aux premiers stades de son développement. La véritable étape test, celle de l’adoption généralisée, ne pourra se faire qu’après avoir relevé un certain nombre de défis importants relevant de la confiance, la réglementation, la gouvernance, mais aussi des aspects humains et de l’évolutivité technique.

Par exemple, comment les institutions pourront-elles adopter un cadre de confiance et de sécurité radicalement différent? Comment la blockchain peut-elle atteindre la taille nécessaire pour soutenir les services aux investisseurs institutionnels? A quoi ressembleront les modèles de réglementation et de gouvernance du futur? Et comment les fonctions et compétences seront-elles amenées à s’adapter dans une industrie qui évolue grâce à l’automatisation des tâches répétitives, vers des activités à plus forte valeur ajoutée? 

L’impact des technologies de rupture est souvent difficile à imaginer et n’en est que plus déstabilisant. Une innovation expérimentale qui démarre en douceur peut en fin de compte aboutir à une modification en profondeur des produits et services d’un secteur d’activité en y introduisant plus de personnalisation, de partenariats, de nouveaux standards ou des applications alternatives. Les technologies de rupture comme la blockchain peuvent ainsi redéfinir les limites d’un secteur en permettant l’émergence de nouveaux modèles de gestion et de nouveaux intervenants.

Nous sommes encore loin de réaliser l’impact global de la blockchain et des technologies émergentes sur les services financiers pour les années à venir. Mais une chose est sûre : les entreprises ne peuvent plus faire comme si de rien n’était.

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