La BCE se place dans une position attentiste

L'Agefi Quotidien
Ayant à peine réagi sur l’euro, la banque centrale semble espérer la concrétisation de la politique budgétaire.
Christine Lagarde, la présidente de la BCE, lors de la conférence du presse du 10 septembre 2020. Photo Martin Lamberts/ECB

Après la couleur de la cravate de Jean-Claude Trichet ou de Mario Draghi, des paris fleuriront-ils sur les robes de Christine Lagarde, comme un signe qu’on n’attendrait plus grand-chose de la Banque centrale européenne (BCE) ? Comme prévu, la présidente de la BCE n’a annoncé jeudi aucune nouvelle mesure monétaire, et a peu modifié sa communication, alors que la Fed a arrêté sa nouvelle stratégie résolument accommodante et synonyme de taux bas au détriment du risque d’inflation pour longtemps.

Sur la revue stratégique, la présidente de la BCE a indiqué que l'examen se concentrerait sur la définition de la stabilité des prix et que le prochain séminaire aura lieu le 23 septembre. Concernant le programme d’achats d’urgence (PEPP), elle a précisé que l’éventualité d’une modification du programme n’a pas encore été débattue et que, «dans les circonstances actuelles, il est très probable que l'enveloppe sera utilisée intégralement» pour soutenir ses objectifs de politique monétaire.

Une information a porté sur le taux de change : «Après en avoir débattu, le Conseil des gouverneurs s’accorde pour dire qu’il n’y a aucun besoin de surréagir, mais Christine Lagarde a rappelé que l'appréciation de l'euro exerce une pression négative sur les prix et qu’il faut donc la surveiller attentivement», note Nicolas Forest, responsable des gestions taux chez Candriam. «Vraiment le strict minimum», estime Frederik Ducrozet, stratégiste de Pictet WM, à propos d’une monnaie unique, qui est montée de 1,1845 à 1,1916 dollar pendant la conférence de presse, avant de rebaisser dans la soirée. Si la BCE n’a théoriquement pas d'objectif de change, une remontée au-dessus de 1,20 dollar comme le 2 septembre donnerait quand même lieu à de nouvelles communications.

Quelle inflation ? 

Certains semblent déçus d’une nouvelle pause dans l’action de la banque centrale, qui a toutefois revu en légère hausse sa prévision d'évolution du PIB à -8,0% en zone euro pour 2020 (contre -8,7% en juin), malgré le risque d'une deuxième vague de coronavirus qui crée de l’incertitude après un «rebond notable» de la consommation. «Pour être juste, la BCE s'est montrée trop pessimiste sur ses prévisions en juin, et cette révision a donné le ton d’une conférence de presse globalement ‘moins accommodante’ dès le début», regrette Frederik Ducrozet. Ce dernier trouve la présidente «étonnamment optimiste» concernant l’inflation, «contradictoire» avec sa requête «justifiée» d’avoir davantage de points pour en mesurer la dynamique, et avec l’habitude de la BCE de fonder ses projections sur des éléments existants plutôt que sur des plans de relance à venir : «Nous ne pouvons nous empêcher de penser que la BCE vient de rater une occasion de rester en avance sur la voie de la transformation (…). Nous anticipons toujours que la BCE augmentera à nouveau l'enveloppe du PEPP, probablement de 500 milliards d'euros, en décembre. Un dernier mouvement avant que la politique budgétaire prenne le dessus. Sinon les investisseurs réévalueront leurs perspectives des taux», poursuit-il. Même son de cloche chez Aberdeen Standard Investments, pour qui Christine Lagarde «a employé un ton étonnamment ‘hawkish’», et chez Pimco, pour qui «les perspectives d'inflation historiquement faibles forceront assez rapidement la main de la banque centrale».

Au contraire, Nicolas Forest juge «que la BCE a déjà beaucoup fait (et réussi) pour la stabilisation des marchés, et qu’elle attend désormais, assez justement, que les plans de relance européens se concrétisent et se coordonnent un peu mieux avant d’en faire plus». Ce qui pourrait prendre encore quelques mois