La BCE demande de la flexibilité face l’évolution de la pandémie

Fabrice Anselmi
L'institution semble cependant toujours plus bloquée dans sa communication et sa politique monétaire.

Comme prévu, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) n’a fait aucune annonce jeudi après sa réunion de politique monétaire, et a laissé inchangés ses taux et ses programmes d’achats d’urgence (PEPP) et traditionnel (QE/APP). Ce statu quo était largement attendu par les économistes après le renforcement des mesures en décembre. Les investisseurs n’en sont pas moins restés attentifs aux commentaires de Christine Lagarde, surtout après la lecture du communiqué introductif qui, en précisant que l’enveloppe du PEPP pourrait ne pas être entièrement utilisée si des conditions de financement favorables pouvaient être maintenues (et inversement recalibrée en cas de besoin), a vu le Bund remonter de -0,52% à -0,48% (-0,49% jeudi soir). «C’était davantage lié aux statistiques américaines et à la remontée de l’US Treasury 10 ans (jusqu’à 1,12%)», estime Nicolas Goetzmann, directeur de la recherche de la Financière de la Cité.
 

+10 pb pour le BTP italien

Au-delà des points positifs intervenus depuis décembre - début des vaccins, accord post-Brexit, NextGeneration EU, industrie européenne, politique américaine -, «Christine Lagarde a insisté, face aux questions récurrentes voire ‘agaçantes’ pour elle, sur la nécessaire flexibilité (le ‘mot-clé’) face à l’évolution de la pandémie. Une flexibilité du PEPP dans les deux sens», rappelle aussi Franck Dixmier, directeur des investissements fixed income d’Allianz GI. En ajoutant un paragraphe sur la flexibilité du PEPP non plus dans le temps ou les géographies ciblées mais aussi dans la taille du dispositif, la BCE, coincée entre les dissensions entre ses gouverneurs, semble cependant rater son objectif de rassurer les marchés : alors qu’un observateur reprochait au PEPP d’avoir étouffé l’effet de la crise politique italienne sur le taux du BTP, celui-ci est plus remonté jeudi (de 0,55% à 0,65%) que depuis le début de semaine… «Mme. Lagarde essaye d’expliquer des choses simples, mais l’utilisation de termes très complexes (‘une approche holistique multiforme’) peut produire l’effet inverse, commente Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet WM. Et elle ne peut admettre que la BCE surveille essentiellement les spreads des BTP italiens sans avoir de vision claire sur leur niveau approprié, même si elle surveille bien sûr également d’autres indicateurs (prêts bancaires, rendements des obligations d'entreprises, etc.»

Le discours d’une «politique très accommodante» est-il encore crédible ? «On pourra regretter son ‘nothing is out the table’ : à savoir un ‘rien n’est hors de possibilités’ plus limitatif que ‘tout est possible’ concernant les actions à venir», note Franck Dixmier. Car si elle a confirmé les prévisions de croissance pour la zone euro à +3,9% en 2020, la présidente a aussi indiqué une activité vraisemblablement contractée au quatrième trimestre 2020 (la BCE prévoyait -2,2% en décembre), et donc, avec des risques baissiers à court terme dus à l’escalade de la pandémie, une probable récession technique en fin de premier trimestre (au lieu de +0,6% anticipé).

Inflation modérée

Cela ne devrait pas favoriser la reprise de l’inflation, malgré un probable rebond mécanique sur l’indice des prix ICPH (-0,3% en 2020) et l’inflation sous-jacente (+0,2% en 2020) de janvier, avec la fin de la baisse de TVA en Allemagne et la hausse de prix de l’énergie. Seule certitude, Christine Lagarde continue de maintenir que, au-delà de rebonds techniques, «les prix intérieurs continueront d'être modérés» cette année. «Un discours de la BCE, qui reste sur des projections d’inflation à +1,4% fin 2023, encore contradictoire avec son manque d’action. On voit bien toujours, au-delà des quelques membres, un blocage institutionnel au sein du Conseil des gouverneurs. Cela ne présage rien de bon pour sa revue stratégique de cette année», regrette Nicolas Goetzmann, qui croit toujours, en regardant du côté de la Fed qui n’a pas attendu les plans de relance aux Etats-Unis, «qu’une banque centrale peut amener les anticipations d’inflation là où elle le souhaite, c’est une question de volonté». Finalement, une forte hausse de l’euro-dollar et/ou un fort découplage de la croissance entre les Etats-Unis et la zone euro finiront peut-être par déclencher un changement de politique monétaire, mais comme pour les vaccins ou la politique budgétaire, avec probablement beaucoup de retard.