Delta AM capitalise sur ses nouveaux actionnaires pour se développer

Réjane Reibaud
L’ancienne filiale de La Banque Postale AM a bouclé cet été le deuxième closing de son fonds de prêts, France Economie Réelle.

Un peu plus d’un an après son rachat par Dôm Finance et, par voie de conséquence, son entrée dans le groupe Burrus, Delta Alternative Management tente de capitaliser sur l’influence de ses nouveaux actionnaires. L’ancienne filiale de La Banque Postale AM (qui l’avait incubée à sa création en 2008 avec OFI via sa plateforme aujourd’hui disparue amLab), a bouclé cet été le deuxième closing de son fonds de prêts, France Economie Réelle, qui cible le financement des PME et petites ETI françaises avec un montant de 100 millions d’euros.

Dès le rachat, le groupe Burrus a sponsorisé le fonds à hauteur de 20%, via sa filiale d’assurance strasbourgeoise Esca, tout comme Dôm Finance via ses fonds propres. De quoi attirer aussi le Fonds Européen d’Investissement qui s’est lui aussi engagé à rester à hauteur de 20% des sommes levées. « Nous visons 300 millions d’euros pour le closing final qui devrait intervenir mi-2023 », rappelle à NewsManagers Thibaut Sciard, président et cofondateur de Delta AM.

Le fonds agit sur un secteur encore de niche mais en développement. Il vise les PME de 10 à 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, ayant au moins trois bilans publiés dont au moins un positif pour tenir compte de la situation particulière du Covid. Il leur permet d’emprunter sur 5 ou 6 ans via un prêt remboursé in fine, à taux fixe, sans covenant financier mais avec des obligations de reporting qui se veulent très serrées.  « C’est un segment d’entreprises moins normé que pour les plus grandes entreprises, il nous fallait donc apporter des garanties pour les souscripteurs », explique Thibaut Sciard.

Fiducie en garantie

Cette garantie passe par de la fiducie, un mécanisme d’inspiration anglo-saxonne appelé trust. « Il permet dès qu’un ou des actifs ont été identifiés, de les sortir du patrimoine de l’emprunteur (le constituant) - la société -, au seul bénéfice du fonds (le bénéficiaire), en le sanctuarisant dans le patrimoine fiduciaire géré par la société de gestion (le fiduciaire), Delta AM en l’occurrence », explique Thibaut Sciard. L’intérêt de ce mécanisme est que si jamais l’entreprise est en difficulté et entre dans une procédure collective, le fonds peut disposer de l’actif remis en garantie, sans attendre une décision de justice.

Le fonds est catégorisé article 9 selon le règlement européen de publication extra-financière SFDR. « La nature d’activité des entreprises qu’on finance et les exigences que nous avons nous-mêmes fait que l’on peut se dire article 9 », affirme le dirigeant.

Commercialisé par Dôm Finance le fonds a déjà investi 40% des sommes levées dans 11 entreprises.  Il se veut particulièrement adapté au contexte économique actuel avec une promesse de rendement certes moins élevée que dans un fonds de dette subordonnée (entre 4% et 5% soit contre 8% environ pour la dette subordonnée), mais une sécurisation par la fiducie plus importante. « Quand l’environnement devient plus risqué pour les PME vaut mieux avoir une approche sécurisée », conclut Thibaut Sciard.
La société de gestion s’oriente résolument vers le non coté et a fermé en "extinction longue "son fonds Delta Prime spécialisé dans les situations spéciales des dettes d’entreprises.