Cryptos : «Il est trop tôt pour que le marché remonte !»

Gaetan Pierret
Pour Vincent Boy, analyste marché chez IG, l’optimisme des investisseurs est démesuré. Le marché des cryptos doit encore être assaini avant de repartir à la hausse sous peine de voir de nouveaux scandales arriver.

Les enfants terribles de la finance. Luna, Celsius, FTX, probablement Genesis…Malgré les crises, les investisseurs cryptos affichent un optimisme sans faille. Après avoir plongé suite à ces scandales, le Bitcoin est reparti à la hausse, repassant le seuil des 20.000 dollars courant janvier. L’Ethereum s’affiche aujourd’hui à un peu plus de 1.500 dollars US (1.400 euros).

Dans d’autres secteurs, les observateurs applaudiraient des deux mains une telle résilience. Mais avec les cryptos les choses sont forcément plus compliquées.

Winter is not over

«Il est trop tôt pour que le marché remonte, prévient Vincent Boy, analyste chez IG. Il faut d’autres baisses et d’autres crises de liquidité pour l’assainir. Les acteurs trop faibles et n’agissant pas dans l’intérêt des investisseurs doivent disparaitre». Comprendre : le marché doit avoir les deux genoux à terre pour pouvoir se relever sainement.

Le risque de rechute est réel car toutes les pommes pourries n’ont pas encore été retirées du panier. A l’image des fondateurs de Three Arrows Capital qui, six mois après avoir planté leurs fonds, s’apprêtent à lancer une nouvelle plateforme…Et parviennent à convaincre des investisseurs ! Signe que les acteurs ont du mal à apprendre de leurs erreurs. 

Or, si les crypto-convaincus parviennent à identifier et éviter les canards boiteux, ce n’est pas le cas de tous les investisseurs, notamment les petits nouveaux, de plus en plus nombreux. «On observe une augmentation du nombre d’adresses numériques possédant au moins 1 bitcoin et une baisse du nombre d’adresses possédant au moins 1.000 bitcoins», relève Vincent Boy.

Le graphique ci-dessous montre cette dynamique. Les gros possesseurs de bitcoin sont en baisse quasi constante depuis juillet dernier, avec une nette accélération fin octobre. A noter que plusieurs investisseurs peuvent être derrière une seule adresse.

Le nombre d’adresses contenant plus de 1.000 bitcoin


Source : IG France

En d’autres termes, les «Whales» (baleines), ces investisseurs qui ont acquis une certaine influence sur le marché du bitcoin en en emmagasinant beaucoup, continuent de les vendre aux plus petits, plutôt que d’en accumuler de nouveaux. Ils semblent ainsi anticiper une nouvelle baisse avant une hausse durable du cours. A l’inverse, de petits investisseurs tentent de se faire une place sur le marché avant qu’il ne devienne à nouveau hors de prix.

Plus de volatilité à venir sur Ethereum

De son côté, la deuxième cryptomonnaie du marché Ethereum s’apprête à connaitre une deuxième mise à jour en mars. Baptisée Shanghai, elle devrait permettre le déblocage de quelques 16 millions d’ethers. Pour comprendre le comment du pourquoi, il faut remonter à septembre dernier et la première mise à jour de la blockchain ethereum, The Merge. Elle a modifié son protocole, la faisant passer du Proof of work (PoW, preuve de travail), au moins énergivore Proof of Stake (PoS, preuve d’enjeu).

Avec le PoW, des ordinateurs très puissants tournent pour résoudre des problèmes mathématiques. Ils sont tous en concurrence et sont récompensés en cryptos. Les équations devenant de plus en plus difficiles, les ordinateurs doivent tourner davantage et donc consommer toujours plus d’énergie, d’où les critiques envers l’empreinte écologique de ce système. Avec le PoS, les validateurs doivent staker (mettre en jeu) 32 ethers pour pouvoir valider des opérations sur la blockchain. Ils ne sont plus en concurrence les uns avec les autres mais choisis au hasard parmi les volontaires. Bien que The Merge n’ait été opéré qu’en septembre, il était déjà possible à la communauté de staker ses ethers pour participer à l’évolution d’ethereum. Problème : les courageux ne pouvaient toujours pas récupérer leurs jetons.

Shanghai doit donc résoudre ce problème. On estime à date que 496.000 validateurs ont déjà staké près de 16 millions d’ethers, soit l’équivalent d’environ 24 milliards de dollars. Une belle petite somme. D’autant qu’à l’époque un ether ne valait que 600 dollars contre un peu plus de 1.500 aujourd’hui. D’où les inquiétudes de certains commentateurs qui anticipent des ventes importantes de la part de ces investisseurs de la première heure.

Vincent Boy anticipe une phase de volatilité à la suite de l’opération.  «En revanche, une fois les doutes passés, les investisseurs devraient profiter du staking et notamment grâce à l’utilisation du wrap, rendant l’activité moins risquée, ce qui pourrait conduire à une surperformance de l’ether par rapport au bitcoin», conclut-il.