Les Français se sont plus endettés pour acheter leur résidence principale

Empruntis a réalisé une cartographie des acheteurs en 2021. Tous projets confondus, ils ont dû s’endetter, emprunter davantage et se sont montrés moins mobiles que prévus.
Paul Brennan

S’endetter plus, pour acheter plus ? En 2021, les Français ont confirmé leur attachement à la pierre en lançant tous azimuts leurs projets immobiliers. Ils ont pourtant dû affronter des vents contraires : le Haut conseil de stabilité financière a limité leur endettement possible, le contexte économique et sanitaire s'est montré plus qu'incertain et , les prix n’ont cessé de grimper de manière, malgré une lègère accalmie qui semble se dessiner.

Pour contrer ces difficultés, les ménages n’ont pas eu le choix que de puiser dans leur épargne pour gonfler leur apport et s’endetter au maximum. C’est ce qui ressort du bilan de l’année présenté ce jeudi 2 décembre par Empruntis. Le courtier a dressé le portrait des acheteurs en 2020, tous types de projets confondus.

Des accédants plus endettés et peu mobiles

Qu’il s’agisse de leur première ou seconde acquisition, les ménages ont eu recours aux mêmes solutions. «Avec des revenus équivalents à 2020, les acheteurs de résidence principale doivent emprunter plus (+6% pour les primo-accédants et +6,7% pour les secundo-accédants par raport à 2020) et accroître leur apport issu de l’épargne (près de 5% soit 3.000 euros de plus pour les primo-accédants et +11% pour les secundo-accédants) », écrit Empruntis dans son étude. Comme l’a souligné Cécile Roquelaure, directrice des études du courtier : «la hausse des prix de l’immobilier et la convergence sur la typologie des biens recherchés a pour effet de réduire le pouvoir d’achat alors même que la capacité d’emprunt est déjà limitée par le revenu».

En moyenne, les clients primo-accédants d’Empruntis se sont endettés à hauteur de 225.767 euros (+5,6% par rapport à 2020) avec un apport de 68.448 euros. La part des acheteurs sans apport a elle chuté d’un point pour s’établir à 7%. Les secundo-accédants ont davantage emprunté : 272.556 euros en moyenne pour un apport issu de l’épargne de 88.547 euros et issu de la revente à 159.096 euros.

Si les Français achètent beaucoup – le marché devrait à nouveau dépasser le million de ventes cette année – il sont peu mobiles. Seulement 1 primo-accédant sur 10 et 1 secundo sur 10 changent de région nous apprend Empruntis.

Top 3 des régions préférées des Français

Primo-accédants

1. Île-de-France 32,7%

2. Auvergne-Rhône-Alpes : 14%

3. Hauts-de-France 9,7%

Secundo-accédants :

1. Île-de-France 32,5%

2. Auvergne-Rhône-Alpes 14%

3. Provence-Alpes-Côte d’Azur 10%

Quelques changement à noter dans le profil des investisseurs locatifs : leurs revenus sont en hausse de 5,7% (7.283 euros en moyenne). Plus surprenant, la part des dossiers sans apport augmente d’un point pour atteindre 19%. L’apport moyen baisse même d’un peu plus de 1%.

La tendance à la montée en gamme des profils s’observe aussi pour les acheteurs de résidences secondaires. Le revenu moyen de ces bien heureux est en forte hausse : quasiment 10%, pour s’établire à 8.081 euros.

2022 : des banques volontaristes mais vigilantes

Empruntis se veut plutôt optimiste dans ses prévisions pour 2022. Cécile Roquelaure a indiqué n’avoir pas décelé de «mouvement généralisé de hausse» dans les barèmes bancaires déjà reçus (un tiers du total).

«Nous avons noté de très légères hausses, mais 45% des barèmes sont stables et la moitié sont même en très légères baisses », a-t-elle précisé. Si ces tendances doivent se confirmer avec les deux tiers de barèmes restant à compiler, elle s’est dit peu inquiète pour l’année prochaine. «Nos banques partenaires sont dans une logique volontariste : elles veulent a minima atteindre le niveau d’encours de 2021, voire même le dépasser pour certaines, de l’ordre de 10%», a indiqué la dirigeante.

Les banques voudront certes gagner des clients, mais se montreront de plus en plus vigilantes. Cécile Roquelaure a même parlé d’un «retour aux fondamentaux», pour souligner qu’elles devraient relever leur niveau d’exigence. Elle a également précisé que l’impact des DPE sur les prix est encore mal connu – de premières estimations commencent toutefois à être publiées – les banques commencent à demander les diagnostics dans les dossiers qu’elles regardent.