Ostrum et LBPAM confirment leurs ambitions de croissance

Réjane Reibaud
Signé après une année de discussions, le rapprochement d'une partie des activités des deux gérants ouvre de nouveaux horizons.

Après douze mois de discussions, le grand jour est arrivé. Comme ils s’y étaient engagés et malgré le confinement, les groupes BPCE et La Banque Postale ont signé ce 28 juin l’opération de rapprochement d’une partie des activités d’Ostrum AM, un des plus gros affiliés de Natixis IM (groupe BPCE), avec une partie des activités de La Banque Postale AM (LBPAM). «La crise n’a pas du tout remis en question la rationalité de notre projet et les tendances structurelles qui ont mené au rapprochement d’Ostrum AM et LBPAM», explique Philippe Setbon, directeur général d’Ostrum AM.

Ce mariage doit permettre de construire l’un des leaders «si ce n’est le leader de la gestion d’actifs sous contraintes de passif», ajoute le dirigeant. Avec 415 milliards d’euros d’actifs à cette date, la nouvelle société ainsi constituée se situerait au neuvième rang européen, «avec des ambitions de croissance fortes portées par les deux groupes bancaires actionnaires».

Les actifs seront constitués à 74% de gestion assurantielle (gestion taux mais aussi actions qui correspondent à des mandats assurantiels), 10% de gestion monétaire, 10% d’OPC ouverts taux et crédit, et environ 6% de gestion diversifiée. «Ce sont des activités relativement peu margées, largement guidées par les volumes. D’où une partie du rationnel du rapprochement. Nous avons donc vocation à capter de nouveaux clients, y compris au niveau européen, mais aussi en étant attentif aux opportunités d’acquisitions qui ne manqueront pas dans le contexte post-Covid», relate Philippe Setbon.

Dans ce schéma, 64% des encours sont apportés par Ostrum et 36% par LBPAM. L’actionnariat établi il y a plusieurs mois n’a pas changé, Natixis IM étant l’actionnaire majoritaire avec 55%.

Il a été acté que la future entité Ostrum conserverait ce nom avec une simple évolution de la marque (changement de logo et de baseline) pour une meilleure appropriation par les équipes. Ostrum va en effet accueillir 110 salariés de La Banque Postale AM à partir du closing de l’opération prévu pour fin octobre-début novembre. L’entité, qui au premier jour comptera 385 salariés, marchera sur deux jambes : la gestion mais aussi la prestation de services, orientée vers les propriétaires d’actifs (reporting, accès à la donnée comptable, gestion des risques, etc.) et vers les sociétés de gestion, notamment pour le nouveau LBPAM (opérations de middle-office, OST, surveillance des risques, compliance, franchissements de seuils, etc.). Cette activité représentera environ un quart du chiffre d’affaires au démarrage.

Pas de PSE envisagé

L’offre de fonds va également évoluer et d’autres synergies ont été identifiées, notamment en informatique. «Le rapprochement des entités fait que nous allons basculer dans quelques mois sur un seul système IT. C’est seulement après la stabilisation de notre modèle opérationnel que nous connaîtrons notre rythme de croisière». Quant à savoir si ces synergies déboucheront sur un PSE (plan de sauvegarde de l'emploi), Philippe Setbon indique qu’«à ce jour, il n’est pas envisagé».

Enfin, concernant la gouvernance, alors qu’Emmanuelle Mourey, présidente du directoire de LBPAM avait été annoncée dans un premier temps comme la future numéro deux de Philippe Setbon avant une rapide rectification, c’est finalement Mathieu Cheula, proposé par LBP, qui prendra la direction générale déléguée. Le comex sera composé de neuf personnes au total, cinq issues d’Ostrum et quatre de LBPAM.

Les activités qui seront détachées d’Ostrum AM représenteront 12,5 milliards d’euros et seront au nombre de trois : les gestions actions, les gestions obligations convertibles et les gestions dette privée et private asset. Elles sont apportées, parfois ensemble et parfois de façon séparée, à divers affiliés du groupe Natixis IM.

Miser sur la loi Pacte

Autre facette de cette opération, le nouveau LBPAM détiendra les activités non apportées à Ostrum. Comme prévu, l’entité démarre donc avec 50 milliards d’euros d’encours environ. «LBPAM sera organisée autour de quatre activités: actions discrétionnaires thématiques, actifs réels et privés, multi-actifs et solutions quantitatives, explique Emmanuelle Mourey. Elles apportent des solutions sur mesure de gestion du risque aux clients institutionnels et à l’évolution de la demande des clients sur le long terme. Les enjeux sont importants avec la loi Pacte et les évolutions démographiques qui feront porter une partie de l’épargne retraite sur les épaules des particuliers. Notre offre sera aussi différenciante grâce à l’ISR et la labellisation à venir de l’ensemble de nos fonds ouverts chez LBPAM». La future structure sera détenue à 70% par La Banque Postale, à 25% par l’assureur néerlandais Aegon, et à 5% par le groupe de prévoyance Malakoff Humanis.

Elle accueillera un nouveau membre du directoire, en cours de recrutement, au côté de Vincent Cornet. Là aussi les ambitions sont à la croissance, avec 100 milliards d’encours visés mais sans précision de date. «Nous avons un projet de développement ambitieux alliant croissance organique et croissance externe. La crise liée au Covid a rebattu les cartes et les niveaux de valorisation des entreprises ne sont plus les mêmes qu’avant», explique Emmanuelle Mourey. La dirigeante cite la dette privée et les actifs réels comme priorité, mais regarde aussi le segment de la distribution.