« Les réseaux sont en train de réinternaliser leurs gestions »

Alain Guélennoc, président de Federal Finance Gestion
Bilan de l’activité au premier semestre, projets de développement, nouveaux produits ou encore vision de l’industrie de la gestion d’actifs et patrimoniale… Alain Guélennoc, président de Federal Finance Gestion nous livre son sentiment sur les six derniers mois et les années à venir.

Quel bilan tirez-vous de votre activité au premier semestre ?

Nous avons eu un excellent premier semestre. De manière générale, c’est toute la gestion d’actifs qui s’est bien portée sur les six premiers mois de l’année. Quasiment toutes les activités sont orientées à la hausse, c’est presque du jamais vu !

Tous pôles confondus, nous avons collecté 3,8 milliards d’euros au premier semestre, dont 450 millions hors monétaire. Le monétaire a connu une très forte progression. Nous sommes passés de 1,5 milliard d’euros d’encours au creux de la vague en mars 2020 [trois milliards avant le krach, ndlr] à plus de huit milliards aujourd’hui, dont 7,5 milliards sur notre « vaisseau amiral ». Cette activité a été tirée par une forte collecte du côté des entreprises qui ont amassé beaucoup de trésorerie. Cela a eu un effet boule de neige car l’augmentation de nos encours a diminué le ratio d’emprise de certains clients qui ont pu réinvestir sur notre fonds.

Le fonds en euros de Suravenir, que nous gérons, a connu une décollecte plus faible que nos prévisions mais pas de forte baisse d’encours grâce à un effet marché positif et aux revenus générés par les actifs. Le reste de notre activité retail est florissante car les assureurs vie font de plus en plus la promotion des Unités de compte (UC) et les réseaux Crédit Mutuel Arkéa sont particulièrement actifs sur le sujet. La partie mandats gestion privée, gestion discrétionnaire et gestion pilotée en assurance vie ou compte titre fonctionne également très bien.

A fin juin nos actifs sous gestion atteignaient 45,8 milliards d’euros.

Historiquement, Federal Finance Gestion (FFG) était très tournée vers les institutionnels. La conquête du marché retail est-elle un objectif désormais ?

Nous avons construit notre activité pour les particuliers autour des réseaux du Crédit Mutuel Arkéa, via l’assureur mais aussi la banque privée. Notre volonté est de renforcer nos liens avec ce réseau, notamment Arkéa Banque Privée sur la partie mandats.

En matière de gestion pour les particuliers, notre gestion pilotée est proposée aux seins de contrats d‘assurance vie pour une clientèle interne mais également externe [notamment Préfon, ndlr]. Cette activité représente près de deux milliards d’euros d’encours et connaît une croissance importante et régulière.

Nous aimerions agrandir notre offre externe. Les CGP sont un axe de développement important pour nous que nous n’exploitons pas encore assez. Ils peuvent notamment être intéressés par notre expertise en multigestion. Nous avons une gamme de fonds de fonds conséquente que nous avons principalement distribuée au sein de contrats d’assurance vie par le passé. Elle a subi une légère décollecte par ce biais récemment mais a trouvé un relai très fort sur l’épargne salariale et l’épargne retraite. Nous souhaitons accentuer cette dynamique en créant des fonds de fonds thématiques, qui viendront nourrir notre gestion sous mandat. A ce titre, nous mettons en avant le fonds de fonds Federal Transition Oxygène [lancé en décembre 2018, ndlr] sur la thématique de l’environnement, l’eau et la santé. L’avantage de la multigestion thématique est qu’elle intéresse aussi bien les particuliers que les investisseurs institutionnels.

Quelle place occupe l’ESG dans votre stratégie ?

Aujourd’hui, l’ESG est incontournable pour tous les acteurs de la place. La prise en compte des critères ESG est centrale chez nous. Elle n’est pas le résultat d’un effet de mode puisque nous avons lancé notre premier fonds ESG actions en 2000 et le premier sur les obligations en 2010.

L’ensemble de notre gestion active prend en compte des critères extra-financiers. Le gros travail de cette année est de commencer à migrer notre gestion vers un modèle à impact. Nous devons être capable de mesurer et même piloter l’impact de nos investissements. Actuellement, nous réalisons une analyse ESG classique. Demain, nous voulons influer sur notre trajectoire carbone.

Cette démarche se fait-elle à l’insu ou à la demande des clients particuliers ?

C’est assez difficile à dire. Il y a une vraie foire d’empoigne entre les sociétés de gestion et les réseaux de distribution pour promouvoir l’ESG. Nous, on ne se pose pas la question. Notre conviction c’est que nous devons agir sur les territoires et privilégier des investissements qui répondent à cette problématique et à une trajectoire environnementale durable. Notre gestion et notre communication doivent être cohérentes avec ces objectifs pour éviter de tomber dans le « green washing ».

Le développement de l’ESG, demain, c’est vraiment de percevoir l’impact immédiat et pas seulement en faisant les comptes à la fin.

La labellisation actuelle, très discutée, n’est-elle pas un frein à cela ?

Je suis en phase avec l’idée de revoir les labels. Ils ne sont pas suffisants. Cependant, ils permettent au moins de faire un premier filtre pour les investisseurs. A minima, cela veut dire qu’un auditeur externe est passé et a validé votre processus d’investissement et de gestion. Quand vous êtes un particulier ou un commercial dans un réseau bancaire, c’est tout de même une aide. Après, il est certain qu’il faut aller plus loin.

Votre activité sur les produits structurés est-elle un atout pour conquérir la clientèle patrimoniale ?

Face à la baisse des taux, beaucoup de conseillers, notamment CGP et banquiers privés, proposent des poches de produits structurés de plus en plus importantes à leur client. C’est une aubaine pour Federal Finance Gestion car c’est une de nos expertises. C’est clairement un axe de développement important pour les années à venir.

Ces derniers mois nous avons lancé des produits structurés basés sur des indices ESG et bas carbone. La demande est forte pour ce type de produit. Nous réfléchissons à faire de même avec des indices sociaux ou sur d’autres thématiques.

Quel autre type de produits mettez-vous en avant auprès des particuliers ?

Dans un esprit de limitation des risques semblable aux produits structurés, nous avons mis en place une gamme de fonds à protection systématique pour Suravenir. Ce sont des fonds couverts partiellement contre les baisses de marché.

Les Français ont été biberonnés aux fonds en euros pendant tellement longtemps qu’ils ont du mal à prendre du risque. Les fonds à couverture partielle sont une réponse qui leur plait. Ainsi, nous avons lancé en septembre 2020, pour les particuliers, le fonds AIS Protect en partenariat avec une mutuelle externe, puis d’autres assureurs ont suivis. Il connaît un fort succès commercial avec un encours qui a dépassé les 200 millions d’euros en juin dernier.

Par ailleurs, nous lancerons en septembre prochain un fonds qui aura vocation à investir dans les entreprises créatrices d’emploi.

Enfin, un autre sujet, moins avancé, serait un fonds de fonds sur la thématique de l’intégration et de l’humanisme, mais le projet n’est pas encore totalement mûr.

Quels sont vos projets de développement pour les années à venir ?

Nous allons créer une équipe de gestion quantitative. L’idée est de mixer l’expertise de cette équipe avec de la gestion comportementale pour faire ce qu’on appelle du « quantamentale ».

Cette équipe viendra irriguer l’ensemble de nos gestions mais aussi celles d’Arkea IS et notamment de Schelcher Prince Gestion. Nous réfléchissons également à son apport pour la multigestion et la gestion sous mandat.

L’autre axe de développement est le renforcement de notre gestion pilotée, de la multigestion et de la gestion monétaire. Commercialement, comme je l’ai déjà évoqué, le développement de la multigestion en externe, notamment auprès des CGP des banquiers privés et des investisseurs institutionnels est une priorité.

Nous continuons également à renforcer notre équipe risque. C’est une expertise sur laquelle nous sommes reconnus sur la place et nous voulons conserver cette image. Or quand on passe de trois milliards à huit milliards sur une seule activité en quelques mois on engrange du risque supplémentaire…

Selon vous, comment la gestion d’actifs va-t-elle évoluer dans les années à venir ?

Elle va aller de plus en plus vers une création de produits « à la demande ». J’ai connu la période où les sociétés de gestion créaient des produits en fonction de leurs convictions et essayaient ensuite de les vendre à leurs clients. Désormais, le schéma est inversé et nous devrons aller encore plus loin dans l’adéquation à la demande des clients. Les entreprises qui réussiront seront celles qui y répondront le mieux.

Les sociétés de gestion généralistes devront, à l’image de ce que nous essayons de faire, proposer une gestion assez globale, simple et robuste. Pour elles, il va falloir grossir de plus en plus pour faire face au resserrement des marges.

Les petites sociétés de gestion n’auront pas le choix : elles devront opter pour une stratégie de niche. Avoir un positionnement original sera essentiel. Faire de la value ou de la croissance ce n’est déjà plus suffisant aujourd’hui. Faire de l’ESG non plus. Il faut vendre une histoire qui vous singularise.

L’autre tendance que je vois déjà commencer à se dessiner c’est la réinternalisation des gestions dans les réseaux. Il y a 20 ans, c’était la grande aventure de l’architecture ouverte. C’est désormais la tendance inverse qui se dessine car les marges sont beaucoup plus importantes en interne.

Plusieurs grosses opérations de concentration ont lieu en ce moment dans la gestion privée et la gestion de patrimoine. Comment les interprétez-vous ?

Plusieurs gros CGP sont en train de changer de dimension et intègrent même des sociétés de gestion dans leur groupe. Ce sont des concurrents qui nous préoccupent et que nous regardons. Si la gestion de demain repose sur un lien fort entre le distributeur et le gérant, alors les opérations à l’image de celle de Cyrus avec Amplegest font sens et devraient se multiplier. De manière générale, tous les CGP, petits ou gros, sont en train de gagner des parts de marché. Mais, plutôt que de les craindre nous pensons que cela peut être une belle opportunité pour nous. Notre groupe a toujours eu des liens étroits avec les conseillers financiers. Nous pouvons capitaliser là-dessus.