CGPI

Les CGPI seraient-ils en train de se résigner ?

Olivier Rozenfeld, président de Fidroit
Comment les CIF envisagent-ils de se positionner dans un monde de concurrence accrue, où les barrières à l’entrée seront très faibles et où leurs partenaires historiques ne pourront plus offrir aux plus fragiles d’entre eux qu’un rôle de mandataires, d’agents liés ?

Après avoir cherché à obtenir leurs lettres de noblesse, les professionnels du patrimoine seraient-ils prêts à se replier, à capituler, à accepter toutes les conséquences de la règlementation, y compris celles qui les fragiliseront inexorablement à terme ?

Le marché les a connus cherchant à obtenir le droit de revendiquer leurs différences avec le titre de conseiller en gestion de patrimoine. Le marché les a compris lorsqu’ils ont vanté leur statut d’indépendants. Le marché les a soutenus lorsqu’ils ont fait avoir la supériorité du rôle de CGP à celui de CIF.

Et aujourd’hui, au même titre que la nature de la rémunération a largement influencé le mode d’exercice de leur activité, les risques qui pèsent sur cette même rémunération, les amènent à repousser, à délaisser tout ce qu’ils ont chéri auparavant.

Pragmatisme oblige aux yeux de certains. Certes. Mais est-on sur d’appréhender, d’anticiper toutes les conséquences de cette stratégie à un moment où les vents contraires s’intensifient ?
Perdre le « i » d’indépendant (CGP au lieu de CGPI), n’être que CIF peuvent ne rien changer dans la relation avec le client, mais il faudra que tout change pour que rien ne change sur le niveau des rémunérations. Cette « pirouette » (changement de dénomination) ne sera pas suffisante et sera vécu comme un leurre pour ce qui y auront cru car la transparence aura alors un effet dévastateur pour ceux qui sont convaincus du contraire.

Pour ne pas vivre un contre sens historique risqué, les professionnels devront mesurer précisément les conséquences de choix compréhensibles à court terme, potentiellement dangereux à moyen terme. Le modèle de la distribution des produits d’épargne est en passe de connaitre des bouleversements sensibles. Le scénario d’une distribution désintermédiée est possible pour ceux qui n’ont pas besoin de conseil, il suffit d’observer ce qui se passe aux Etats-Unis ou encore au Royaume Uni avec la RDR.
Une autre frange de la clientèle attend sociologiquement du conseil avant le rôle d’intermédiaire naturellement dévolu à ces professionnels. Mission consacrée récemment par la cour de cassation qui relègue au rang d’accessoire la mission d’intermédiation qui ne peut en aucune façon guidée l’action du professionnel.
 
Mais alors, comment les CIF envisagent-ils de se positionner dans un monde de concurrence accrue, où les barrières à l’entrée seront très faibles et où leurs partenaires historiques ne pourront plus offrir aux plus fragiles d’entre eux qu’un rôle de mandataires, d’agents liés ? Ils risquent d’accélérer un processus et une issue dans lesquels pour beaucoup d’entre eux ne se reconnaissent pas encore aujourd’hui…