L’Ecole des fans

L'édito du rédacteur en chef de l'Agefi Actifs, Jean-François Tardiveau, paru dans notre dernier numéro papier.

Il est classique, au soir d’une échéance électorale comme celle que l’on vient de vivre, de voir l’ensemble des parties prenantes se féliciter. Les équipes du vainqueur, naturellement, qui voient le programme de leur champion conforté et ses convictions l’emporter. Et les équipes du perdant qui, en dépit de la défaite, ne manquent pas de rappeler leur place désormais incontournable sur l’échiquier politique. Cette élection n’a pas fait exception. A l’heure des bilans, l’exceptionnel était plutôt dans une campagne où les explications et la pédagogie qu’imposaient des programmes radicalement différents ont été nettement moins nombreuses que les invectives. Que tout le monde ait eu l’air si satisfait de part et d’autre dimanche dernier a donné l’illusion d’un peu de douceur dans un monde de brutes, selon la formule consacrée. Un côté « Ecole des fans », cette émission du dimanche au charme suranné où, finalement, il était important de donner l’impression à de jeunes chanteurs en herbe que tout le monde avait gagné.

Cependant, désormais élu, Emmanuel Macron prend les commandes d’un pays que tous les spécialistes politiques décrivent fracturé et où les sentiments de rejet, d’amertume, voire de haine en disent long sur le travail à accomplir pour réconcilier la nation. Lourde tâche, et dont le succès est loin d’être acquis. Pour l’heure, la France n’a pas de plan de route. Il manque au président fraîchement élu les moyens de mener sa politique, ce qui ne sera acquis au mieux qu’au terme des élections législatives dans quatre semaines. En attendant donc, les règlements de compte qui ont débuté depuis plusieurs mois vont sans doute redoubler. Entre fractures et animosité cependant, un ensemble d’individus arborent un large sourire : les investisseurs ! Ces derniers profitent du vote des marchés financiers totalement acquis à la cause du nouveau locataire de l’Elysée. Et à l’évidence, ils savent faire la fête. Après un premier tour tendu, le marché français a progressé de plus 4,14 % % le lendemain des résultats. Et de 6,87 % entre les résultats du premier tour et le milieu de la semaine qui a suivi le second. Résultat, à l’heure où nous imprimons ces lignes, la progression du CAC 40 est supérieure à 11 % depuis le début de l’année. Et cela pourrait se poursuivre. Si l’on en croit de récentes études, des gérants tablent sur un effet rattrapage des titres français et pointent des fondamentaux bien orientés pour les entreprises qui profitent d’un retour à meilleure fortune dans la zone euro. Bref, on se dit que l’année pourrait être celle des investisseurs. Il reste néanmoins une condition sine qua non : l’éloignement de l’incertitude politique et la possibilité, pour le nouveau président, de disposer d’une majorité à l’Assemblée pour se donner les moyens de ses ambitions. Après l’Elysée, les regards vont se donc tourner vers l’Hemicycle et la rentrée des classes des nouveaux députés. D’une certaine façon, on n’en a pas fini avec l’Ecole des fans...