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«Le développement des offres en assurance vie Eurocroissance est un énorme scandale d'Etat!»

«Le développement des offres en assurance vie Eurocroissance est un énorme scandale d'Etat!»

Jean-Pierre Rondeau, président de la Compagnie des conseillers en gestion de patrimoine indépendants, revient sur l'actualité de la profession de conseiller en gestion de patrimoine avec à la clé, de précieux plans de route…

Ses propos ont été recueillis avant la décision de la commission économique de rejeter la norme technique Priip/DCI. Nous les avons maintenus dans la mesure où ils pointent l’une des préoccupations majeures des associations d’obtenir gain de cause à Bruxelles.

A propos de… réglementation

L'Agefi Actifs. - Le débat lancé à l’occasion de l’adoption de la directive MIF II sur la rémunération des conseillers et leur indépendance n’a-t-il pas marqué un coup d’arrêt pour le modèle des CGP ?

Jean-Pierre Rondeau. - Non, même si c’est bien après la Compagnie que tout le monde a compris que les rémunérations demeureraient. Ce fut tout au plus un arrêt pour quelques CGP qui étaient professionnellement las, de par la réglementation et cette situation financière historiquement exceptionnelle.

Quel regard portez-vous sur la prochaine mise en œuvre de la DDA (directive sur la distribution d'assurances) ?

- En dehors du fait que la dénomination anglaise est dérisoire après le Brexit, bof ! On se rapproche de la directive MIF II pour l’assurance : nous savons faire. Nous regrettons simplement que la réglementation française n’envisage pas de donner une mission identique à celle du conseiller en ivestissements financiers (CIF) à nos associations et à celles des courtiers.

Le règlement Priip va-t-il contraindre davantage l’activité des CGP ?

- Oui, toujours plus de réglementation et d’administration qui desservent le client au prétexte de l’éclairer et le protéger, en fait pour «s'en laver les mains». Si c’était vrai, ils s’interrogeraient sur les produits «pourris» et même sur les produits fiscaux destinés à favoriser certains lobbyings.

Mais le plus grave, c’est que les compagnies vont être tentées de réduire l’offre multigestion : leurs propres fonds du groupe et quelques UC éparses pour dire que l’on fait de la multigestion, comme le pratiquent les banques de réseaux. Voie réductrice comme celle que subissent les petits et moyens clients britanniques. Mais nous n’avons pas à nous inquiéter car si le pire arrivait, nous serions à contrainte égale (multigestion étroite) mais, disposant de la pluralité de contrats et surtout de ce qui fait nos atouts (disponibilité, écoute, etc.), nous conserverions l’avantage.

Comment se positionnent l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) sur ces sujets à votre égard ?

Nous avons apprécié l’appui de nos régulateurs (sur les rémunérations), et plus particulièrement l’effort qu’a fait l’équipe de M. Parain de l’AMF pour comprendre ce que sont nos activités et problématiques.

 

A propos de… concurrence

La place occupée par les conseillers en gestion de patrimoine sur le segment de l’épargne patrimoniale est-elle satisfaisante selon vous ? 

Oui. Beaucoup trouvent que l’on devrait être mieux connus, faire plus de publicité, etc. Mais nous ne sommes pas une activité réglementaire, à l’image des professions ordinales. Elles existent depuis des siècles. La révolution technologique en cours, merveilleuse et angoissante (millions de gens au chômage ou devant se convertir en auto-entrepreneur ou libéraux) sera une opportunité. Les établissements perdront des clients, dont certains intéressants, de par la fermeture des services de proximité (conseil et disponibilité). Leurs conseillers deviendront nos confrères.

Quel regard portez-vous sur vos concurrents de la banque privée ?

Leurs conseillers méritent le même respect que celui que nous portons à nos confrères. Ces banques pratiquent avec plus ou moins de réussite et cherchent à adapter leurs modèles. Elles sont concurrentes avec avantages et inconvénients. Sans plus.

Les acteurs de la fintech ne pourront s’imposer sur le marché français qu’en travaillant de concert avec les CGP. Quels rapports entretenez-vous avec eux ?

- Ce n'est pas tout à fait vrai. Ils se feront valider CIF par des associations complaisantes, bénéficiant aussi de la complicité passive des pouvoirs publics. Nous demandons que leurs contraintes soient égales aux nôtres. Nous constatons des publicités/ventes de produits alors que le site se dit un site «de conseils». Il est facile de créer une autre société CGPI apparemment sans lien. A la Compagnie, nous souhaitons que nos adhérents observent l’ensemble de notre process et écartons ces demandes d’adhésion, nous privant de revenus mais défendant notre profession.

Quelle est la place idéale pour les CGP dans le développement des opérations de financement participatif ?

- Par une autre société ou comme simple indicateur. Nous n’y sommes pas favorables. Nous avions dit à l’AMF que nous ne souhaitions pas superviser cette activité. Elle a dû la prendre en direct. Les déceptions, incidents et escroqueries seront nombreux. Bien sûr, peu de plaintes pour les petits montants. Les hauts de bilan convenaient pour les crédits et participations plus importants. Les Américains, pionniers, commencent à déchanter gravement. Futurs subprimes ?

 

A propos de… produits

Quel est votre positionnement à l’égard du développement des offres en assurance vie Eurocroissance ? 

C'est un énorme scandale d’Etat ! J’appelle personnellement au boycott, comme pour les PEA-PME et les Générations Vie. On ne peut pas faire confiance à un Etat qui trahit sa parole : Fourgous, Bercy/Etat qui requalifie parce qu’une filiale du même Etat n’a pas branché les panneaux solaires ou parce qu’un fonctionnaire isolé trouve une holding pas assez animatrice (la loi est complétée par la suite), et maintenant le véritable hold-up des fonds en euros. Les assureurs complices le paieront bientôt.

Quel positionnement adoptez-vous à l’égard des offres de placements atypiques ? Sur quels exemples récents vous êtes-vous positionnés ?

Nous avons été les premiers et souvent les seuls à alerter nos confrères, à interdire et à informer l’AMF : Aristophil, Groupe Revel, Vins, Diamant, Terres rares, Forex, Wagons, Forêts et Immobilier Exotiques, Crevettes, etc. Sur un certain immobilier allemand, sur l’hôtellerie à tout va, sur les montages dont on ne sait pas si on prête à court terme ou si on achète des murs et/ou du fonds de commerce. Nous demandons des surprimes RCP afin que les CGP sérieux ne paient pas pour les «prébendiers», et aux autorités une distinction en termes d’activité.

 

A propos de… l’activité

Sur le terrain, comment ont évolué les relations entre vos adhérents, à savoir les distributeurs et leurs fournisseurs ?

Elles sont parfois plus tendues compte tenu de la conjoncture. Nous essayons de régler au cas par cas. Mais il est vrai que la tentation de remettre en cause les conventions existe.

Craignez-vous une consolidation de grande ampleur de votre profession et la multiplication de réseaux de CGP ? Considérez-vous que cette évolution est inéluctable ?

- Nous regrettons les discours démoralisateurs de présidents d’associations (malgré une majorité de cabinets unipersonnels) et de groupements (on peut comprendre !) qui annoncent la fin du monde si on reste seul. Ceci est faux. Notre association rend beaucoup plus de services. Ce sont les mêmes qui nous vantaient la transversalité pour survivre. Deux des trois professions ordinales peuvent aujourd’hui faire du commerce, toutes débattent du conseil en gestion de patrimoine.

Il y a de la place pour tous : CGP uniques (de préférence avec un assistant), en associés, en groupements, en réseaux, en banques de gestion privée. Je renvoie au développement et aux atouts des CGPI déjà décrits.

 

A propos de… lobbying

Quels sont les résultats des actions de lobbying entreprises dernièrement ?

Nous avons un discours moins commercial sur ce thème. Nous pensons que ce sont nos rencontres régulières avec les pouvoirs publics qui portent les plus grands fruits. Avec l’ancien président de la CIP, c’est à Bruxelles que nous avons fait basculer le plus haut responsable administratif de la Commission. Il a compris ce qu’étaient les CGPI français, le fait que nous étions les seuls à appliquer la directive MIF I et, accessoirement, que nous cumulions cinq activités conjointement à la multigestion, ce qui est quasiment exceptionnel, même chez les anglo-saxons. Ce fut plus productif que de coûteuses actions de lobbying, à l’efficacité peu mesurable au vu de notre poids réel en Europe.

Sur quels dossiers ou sujets êtes-vous aujourd’hui particulièrement actifs auprès des pouvoirs publics ?

Priip et encore MIF, etc., mais La Compagnie est aussi la seule à afficher un plan d’action (réglementations) depuis 2006. La place me manque ici. Il est accessible sur le site ou à la demande.

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