La Matmut entend s’appuyer sur sa singularité de mutualiste pour croître

Bertrand De Meyer, à Rouen
Pour ses 60 ans, la mutuelle a présenté sa raison d’être sur laquelle Christophe Bourret, son nouveau président, entend bâtir la croissance du groupe, loin des anciennes volontés de mariage.
RK

C’est un adieu qui n’a pas laissé insensible les sociétaires. Après 26 années à la présidence de la Matmut, Daniel Havis a longuement été applaudi jeudi par les délégués généraux à l’occasion de la célébration des 60 ans de la mutuelle à Rouen. S’il a quitté son poste en juin 2020, c’est la première fois que les conditions sanitaires étaient réunies pour lui permettre un dernier au revoir, avant que son successeur et seulement troisième président du groupe, Christophe Bourret, ne présente la raison d’être, comme un passage de témoin.

«Nous assurons, nous accompagnons, nous protégeons, nous nous engageons, c’est notre raison d’agir au quotidien pour aider chacun à construire et rêver demain.» Cette raison d’être, qui a été «formalisée» pendant deux années après la réalisation d’une enquête d' OpinionWay ayant recueilli plus de 135.000 réponses, s’affirme comme une feuille de route pour le nouveau président : «Paul Bennetot a construit la Matmut, Daniel Havis en a fait un groupe, nous sommes désormais au service de son développement. »

Deux ans après le rapprochement raté avec AG2R La Mondiale et alors que l’échec du mariage avec la Macif est encore dans toutes les têtes, le groupe a fait entendre une voix claire : revenir aux racines du mutualisme – 95% des sociétaires interrogés estiment qu’il doit préserver son modèle solidaire d’assureur mutualiste et 87% davantage être mis en avant –, et tracer sa voix pour une société «plus solidaire, plus inclusive, et plus active face aux changements climatiques».

Un mutualisme d’adhésion

Pour cela, Nicolas Gomart, directeur général, a posé un regard analytique sur l’évolution du groupe mais aussi du secteur : «L’étape de Paul Bennetot était celle de la conquête avec un mutualisme presque militant, il y a eu ensuite un mutualisme d’ouverture et de développement, notamment avec les métiers d’épargne puis d’assurance santé dans les années 2010. Aujourd’hui, nous rentrons dans un mutualisme d’adhésion.»

Aussi, la Matmut revendique la volonté de se transformer en assureur complet, à l’image de son nouveau plan stratégique intitulé «Plus de Matmut». Avec 4 millions de sociétaires et 7,6 millions de contrats d’assurance gérés, elle vise 600.000 contrats supplémentaires à horizon 2023. Pour y parvenir, elle opte pour les partenariats, par exemple dans les métiers d’épargne avec BNP Paribas Cardif, ou en choisissant de ne pas être preneur de risque mais distributeur de produits, comme c’est le cas dans l’assurance cyber, où il distribue les solutions de Chubb.
Doubler l’activité professionnelle

Concrètement, les dirigeants précisent vouloir se renforcer dans la prévoyance et décrivent un développement rapide en assurance santé alors que l’activité épargne lancée avec BNP Cardiff fera bientôt l’objet d’une campagne de communication. Mais c’est sur le marché professionnel qu’ils entendent mettre l’accent, affirmant «une ambition de multiplier par deux l’activité sur ce segment». Fin 2020, le marché des professionnels et des entreprises ne représentait que 9% du chiffre d’affaires global du groupe avec 66 millions d’euros (-8% sur un an).

Dans un marché où la concurrence fait rage, la Matmut veut croire à une voie faite de partenariat et de croissance organique pour se développer, à l’heure où de nombreux concurrents font le choix de se rapprocher. Le groupe ne s’interdit pour autant pas de la croissance externe bien que Christophe Bourret préfère parler «de rapprochement stratégique».