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La direction juridique, un bastion incontournable

Complexité accrue des métiers, avalanche de réglementations..., les sujets d’occupation - et de préoccupation - ne manquent pas pour les juristes.

Entre le droit et les chiffres, eux n’ont pas choisi. Eux ? Ce sont les juristes des établissements financiers, maillons devenus essentiels au bon fonctionnement de leur entreprise. De la banque de détail, en passant par la banque de financement et d’investissement (BFI) ou encore l’assurance, leur périmètre d’intervention s’est étendu dans les métiers. De fait, ces spécialistes du droit ont réussi à casser l’image de l’expert cantonné à ses textes de loi et à ses codes. Les produits vendus aux clients par les banques et les compagnies d’assurances étant sous-tendus par divers contrats, et donc par des écrits juridiques, ces professionnels sont certes présents tout au long des transactions : production, vente, gestion... Mais dans un contexte marqué par les scandales financiers et les litiges, leur mission principale qui est d’assurer la protection et la défense des intérêts de leurs employeurs prend une ampleur nouvelle. Depuis la crise de 2008 et l’augmentation des risques juridiques (la récente affaire des sanctions américaines contre BNP Paribas en est l’exemple), ils doivent plus que jamais assumer leur rôle de gardien du temple, tout en étant un réel business partner des métiers qui comprend leurs enjeux globaux, notamment ceux liés à l’accumulation des directives européennes. La directive MIF concernant les marchés d’instruments financiers, Emir (European Market Infrastructure Regulation) sur la compensation des dérivés OTC (de gré à gré), AIFM (Alternative Investment Fund Manager) pour la gestion d’actifs…, les règles et les normes s’accumulent sur les bureaux des juristes. Avec, à chaque fois, la nécessité de s’adapter à un environnement en constante évolution. « Contrairement à l’époque où j’étais juriste en épargne salariale au sein d’un groupe de prévoyance, aujourd’hui, chez Generali, mon activité est très variée et je ne reste jamais dans ma zone de confort. Je dois sans cesse me remettre en question », confie Emilie Barbaux, 36 ans, titulaire d’un DEA en droit des contrats, mention droit des affaires, et juriste au département corporate du groupe Generali depuis 2007.

 

Experts versus managers. Parallèlement aux profils classiques diplômés en droit des affaires, le secteur bancaire est de plus en plus en quête de juristes « tout terrain », bénéficiant d’une double formation juridique et école de commerce leur permettant de maîtriser parfaitement les rouages financiers. Des collaborateurs capables d’évoluer au plus près des opérationnels et de sortir de leur pré carré pour travailler en interaction avec les équipes du retail, ou de la banque d’investissement, ou encore de la banque privée… Et ce, tout en préservant leur lien hiérarchique avec la direction juridique. Juriste à la Bred, Estelle Gilles, 38 ans, est chargée de tous les aspects liés au statut coopératif du groupe. « Au sein de la Bred, il existe trois grands pôles juridiques : la direction des affaires juridiques et fiscales, la direction du recouvrement, et le pôle vie juridique des sociétés, dans lequel j’exerce, explique-t-elle. Nous devons suivre au quotidien la vie de la banque et de ses filiales françaises et internationales sur le plan institutionnel, en organisant les conseils, comités et assemblées générales. » Elle a rejoint cet établissement après son stage de fin de maîtrise en droit des affaires, motivée par la variété du champ d’activité. Son objectif de carrière : « Si je devais envisager d’évoluer, j’aimerais intervenir en appui du réseau commercial, au sein de la direction des affaires juridiques », glisse-t-elle.

Actuellement, les profils de juristes experts s’opposent à une autre catégorie de juristes, davantage tournés vers le management, selon Olivier Chaduteau, associé fondateur du cabinet de conseil en organisation Day One. « Face au directeur juridique et à ses équipes hyperspécialisées, on trouve des juristes ‘managers’, qui partagent leur temps entre pratiquer le droit et faire pratiquer le droit. Le véritable défi des directeurs juridiques de banques est de parvenir à gérer et optimiser leur pyramide en décidant qui orienter vers le management ou l’expertise. Le tout, en continuant à préserver l’indépendance propre au juriste et en assurant sa mobilité », expose-t-il. Valérie Grall-Carpentier, responsable adjointe de l’équipe capital markets à la direction juridique de Crédit Agricole Corporate & Investment Bank à Paris et à Londres depuis septembre 2013, fait partie de cette catégorie de juristes « managers ». Auparavant juriste de marché chez Cheuvreux, puis juriste chez Natixis pendant six ans dans les pôles contrats cadres, puis confirmation et dérivés structurés, cette diplômée d’Assas l’admet : ses contacts les plus fréquents se font avec les équipes RH. « Je m’occupe de la gestion des équipes au quotidien en relation étroite avec la DRH : départs, recrutements… J’assure également la gestion de projets concernant les activités ‘capital markets’, comme l’optimisation des processus de contrats-cadres entre les différents services, ou encore la digitalisation des contrats  », détaille la juriste de 40 ans. Si, par la suite, Valérie Grall-Carpentier rêve d’évoluer géographiquement à Londres, New York ou Hong Kong, elle apprécie tout particulièrement le rythme soutenu des marchés financiers et la grande autonomie que lui offre son poste. « La manière d’aborder les questions n’est pas uniquement juridico-juridique, et les échanges que je peux avoir avec les autres départements sont très formateurs », souligne-t-elle.

Philippe Duclut, au sein de la direction juridique de BPCE, est quant à lui au coeur de l’expertise. Après une école de commerce et une première expérience au sein de la Caisse d’Epargne Ile-de-France Nord en 1998, celui qui se définit comme « un pur produit réseau » a ensuite basculé du côté des risques, puis de la conformité et du contrôle permanent, avant d’intégrer l’organe central de BPCE en mars dernier. Aujourd’hui, il est plus particulièrement en charge du département droit des activités de banque commerciale et assurance du groupe. Il conduit quatre principales missions : « Défendre les intérêts du groupe en matière de réglementation bancaire, accompagner la conception des produits, animer et assister les directions juridiques des réseaux, et faire de la veille. Je souhaite avant tout me poser en véritable partenaire de la banque commerciale. Je ne suis pas à la recherche d’un poste de conseiller technique auprès d’une direction générale. Si je dois évoluer, je reviendrais sans doute à un poste de direction opérationnelle dans le réseau ! »

 

Contentieux. Ce dirigeant doit également gérer au quotidien la coordination des contentieux. Dans ce cadre, il est actuellement très attentif à l’entrée en vigueur de l’action de groupe : « Nous essayons d’intervenir de plus en plus en soutien des métiers lors de la conception et du lancement des produits et services, comme les crédits à la consommation ou encore les produits d’assurances, afin d’éviter tout risque juridique. » Et pour cause, sur Actioncivile.com, premier site d’actions collectives pour la défense des consommateurs, ils sont actuellement plus de 150.000 plaignants à avoir intenté une action et à réclamer des indemnités à plusieurs banques françaises… La prudence est donc de mise. Autre menace à anticiper, la mutation technologique dans les banques et les compagnies d’assurances. « Aujourd’hui, les établissements cherchent à faire plus avec moins, relève Olivier Chaduteau. De plus en plus d’outils technologiques font donc leur apparition - Tymetrics ou Datacert pour le suivi des avocats, par exemple, ou encore Legisway et Legal Suite pour le 'knowledge management’ et la gestion de contrat - et assurent un travail auprès des opérationnels qui, auparavant, pouvait être fait par un professionnel du droit. » Aux juristes du secteur financier de montrer leur valeur ajoutée…

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