"Je ne suis pas en train de travailler à ma sortie"

Réjane Reibaud
Marc Renaud, fondateur et directeur général de Mandarine Gestion, explique ce qui l'a motivé à déléguer ses fonctions de directeur des investissements et la façon dont la société de gestion compte renouer avec la croissance de ses encours.
Marc Renaud CEO de Mandarine Gestion
Marc Renaud CEO de Mandarine Gestion

Vous avez annoncé vendredi la promotion d’Adrien Dumas en tant que CIO de Mandarine Gestion, un poste que vous occupiez jusqu’à présent. Que signifie cette nomination ?

Je ne dirais pas que c’est « un pas de côté », comme vous avez pu l’écrire par ailleurs. J’occupe trois casquettes depuis la création de Mandarine Gestion il y a 12 ans. Celle de CEO, celle de gérant et celle de CIO. Cela représente beaucoup de travail et j’ai même des clients qui me le reprochaient. Avec Adrien, j’ai rencontré quelqu’un de compétent, de légitime, et qui avait la capacité de me décharger d’une de ces casquettes. Je ne fais pas ça pour travailler moins, mais pour travailler plus dans mes fonctions de gérant et de CEO. Si je devais lâcher une de ces trois casquettes, c’était forcément celle de CIO.

Mandarine est aussi régulièrement l’objet de rumeurs de vente. Où en êtes-vous de ce point de vue ?

Au niveau de notre actionnariat il y a deux niveaux à avoir en tête : celui des actionnaires minoritaires et celui de l’actionnaire majoritaire que je suis. Concernant les actionnaires minoritaires, notre histoire a été régulièrement une histoire d’entrée et de sorties. Parmi celles-ci, il y a eu La Française qui est sortie mais qui est toujours un partenaire proche de Mandarine. Le dernier entré en date est Arkéa. Dassault est quant à lui toujours resté ainsi que La Banque postale. L’histoire de Mandarine est ainsi faite et il n’est pas impossible que notre actionnariat évolue de nouveau mais je peux vous affirmer qu’il n’y a rien sous le coude pour le moment.

Quid de votre propre participation ?

J’ai déjà dit que je ne comptais pas mourir dans les marchés. Je vendrai un jour, c’est certain, et chaque année me rapproche de cette échéance. Aujourd’hui, cela se compte au terme des cinq prochaines années plutôt que dans les 10 prochaines. Mais 5 ans, c’est long et on ne recherche pas un actionnaire 5 ans à l’avance. Ce n’est pas un moment où on s’arrête de bosser. Je suis à fond, je dirige la boîte et j’ai la chance d’avoir des gens qui m’aident à le faire. Je suis aux manettes de Mandarine et j’ai toujours envie de l’être. Je veux être clair, je ne suis pas en train de travailler à ma sortie.

Mandarine est passé de 4 milliards d’encours en 2018 à 2,7 milliards aujourd’hui. La gestion value a souffert ces dernières années, mais que vous manque-t-il au fond pour booster vos encours ?

La gestion value aujourd’hui c’est seulement 25 % de nos actifs. S’il y a un rebond de ce type de gestion, on en bénéficiera car Mandarine Gestion fait partie des sociétés de gestion qui sont identifiées value. Ce qui fait qu’on a régressé, ce sont les conditions de marché. Depuis trois ans, il n’y pas grand monde pour acheter des actions européennes. Quand vous regardez les chiffres de décollecte des fonds européens dans leur ensemble c’est un véritable désastre. Enfin, je pense que nous avons aussi souffert du départ en 2018 de la gérante principale de Mandarine Unique, notre plus gros fonds, et en 2019 du désamour des investisseurs pour les petites capitalisations boursières. Aujourd’hui, Frédérique Caron le gère avec succès et a su rassurer les clients. Mais il est vrai qu’il est passé d’un encours de 1 milliard à 450 millions aujourd’hui.  Le sell-off sur les actions européennes, et plus particulièrement sur les small & mid cap a été très fort. Même mon fonds Mandarine Valeurs a fait 1,2 milliard au plus haut, mais il faisait 250 millions en octobre dernier et aujourd’hui il pèse 400 millions d’euros. Notre métier est comme ça : il y a peu de barrières à l’entrée, il est accessible à beaucoup d’entrepreneurs désireux de se lancer en raison du peu de fonds propres nécessaires, mais il est extrêmement cyclique !

Mais votre partenariat avec Arkéa ne devait-il pas vous aider au niveau de la distribution ?

Oui mais quand les clients veulent acheter de l’immobilier, vous n’allez pas leur vendre les fonds de Mandarine pendant ce temps ! Arkea était notre client, notamment avec les contrats de Suravenir, bien avant qu’il ne soit notre actionnaire. Nos relations sont très bonnes mais les investisseurs continuent d’être frileux sur les actions européennes… Aujourd’hui ce qui fait vendre, ce sont les fonds ISR et thématiques. Nous étions déjà présents sur l’ISR et nous venons tout juste de prendre le virage de la gestion thématique avec le lancement de Mandarine Global Transition qui est en tout cas un beau succès, y compris dans les réseaux d’Arkéa. Je n’ai jamais vu un tel démarrage pour un fonds. Lancé en janvier 2020, il est déjà à 100 millions d’euros d’encours.

Faut-il s’attendre à ce que vous lanciez davantage de fonds thématiques ou ISR ?

Oui bien sûr, mais cela prend du temps. Il faut trouver les bonnes personnes pour le faire et se sentir légitime. Pour le fonds Global Transition, il nous a fallu du temps pour réaliser que nous avions déjà les outils car nous avions une bonne méthode quant sur la gestion des microcap pour faire la sélection de valeurs. On va surfer sur ce produit, il est loin d’avoir épuisé son potentiel de collecte. La singularité de Mandarine, c’est aussi le non coté. On avait commencé il y a 10 ans dans le solidaire avec Mandarine Capital Solidaire, puis NovESS, mais c’était une sorte de revendication interne, pour montrer que nos gérants pouvaient aussi travailler pour l’économie solidaire. L’obtention de label Relance en novembre nous a encouragé et il n’est pas impossible que nous en lancions un autre dans le cadre du plan Relance.

Quels seront les autres projets pour cette année ?

Au niveau international, je suis en pleine recherche d’idées pour nous développer sur des marchés où notre croissance n’est pas encore au rendez-vous. Si notre développement se passe plutôt bien en Allemagne, en Suisse et en Autriche, je trouve que nous sommes trop petits en Belgique, en Italie et en Espagne. Nous sommes très ouverts d’esprit pour y parvenir : commercial, rachats d’équipes, partenariat avec un TPM ou dans la distribution… Cela fait partie de nos priorités à court terme.