« Family office, un métier qui se sophistique »

Selon Luc Granger, associé d'Intuitae, le métier de family office doit rester une activité dédiée aux patrimoines élevés, ce qu’il entend traduire dans sa stratégie d’entreprise en étoffant ses équipes dédiés, afin notamment d’internationaliser ses propositions d’investissements
Luc Granger, associé fondateur, intuitae

A lire aussi : l'entretien avec François Simon, président d'Agami,, et celui avec Bernard Monassier, fondateur du réseau notarial du même et de BM Family office. Ces trois entretiens sont à relier avec l’article "Family offices, un périmètre tendant à s'élargir" (Agefi Actifs n°663, p.12)

L’Agefi Actifs - Pouvez-vous présenter votre activité ?

Luc Granger - Nous sommes un family office créé en 2001 et doté d’une équipe d’environ 25 personnes. Nos 70 familles clientes ont en moyenne un patrimoine de 50 millions d’euros, et sont pour la majorité entrepreneurs, mais nous commençons à avoir des héritiers d’entrepreneurs dans notre clientèle.

Comment voyez-vous évoluer votre métier aujourd’hui ?

Nous nous adressons à une clientèle de plus en plus sophistiquée, constatant que les patrimoines les plus importants – supérieurs à 50 millions d’euros - sont souvent moins bien structurés que les plus modestes. En conséquence, nous réalisons d’importants investissements en matière de technologie afin d’être mieux connectés aux banques et aux assureurs. Aujourd’hui, il n’est pas aisé d’effectuer ce travail d’agrégation des informations relevant des différentes banques en Europe.

Et en matière de gestion financière et immobilière, quel est votre constat ?

Le métier d’investir se complexifie compte tenu de la perte de rentabilité des actifs financiers, nous misons donc de plus en plus sur le capital-investissement et sur l’immobilier. L’immobilier est un actif de plus en plus prisé notamment à l’international. Nous sommes ainsi maintenant  capable de mobiliser une équipe qui va se déplacer partout en Europe pour investir dans de l’immobilier pour nos clients. La gestion financière aussi se sophistique. La recherche de gérants de qualité doit se faire sur la planète entière, il faut donc être capable de se déplacer  pour sélectionner les gérants mais plus encore pour assurer leur suivi. Le suivi des gérants est sur le long terme le facteur clé de succès qui permet d’éviter les accidents. Le suivi est essentiellement qualitatif, nous cherchons à comprendre les forces et les faiblesses des équipes de gestion, et surtout leur comportement pendant les phases de crises. Seuls des rendez-vous réguliers assurés par les mêmes personnes permettent d’assurer un jugement  fiable. En outre, les supports utilisés par les gérants sont de plus en plus complexes, et nos clients ne veulent investir que dans des gestions que nous comprenons. Nous sommes maintenant devenus des tiers de confiance, capable d’évaluer le risque pris par le gérant de façon indépendant et ceux dans l’intérêt du client.

La place de l’international est donc importante dans votre modèle, de même que l’interprofessionnalité ?

En effet. Il est nécessaire d’avoir des équipes importantes capables de gérer ces aspects, notamment pour accompagner nos familles qui investissent hors de France. Notre force réside aussi dans le réseau dont on dispose et qui permet d’assurer la même qualité de service dans chaque endroit où les clients décident d’investir.