Deux anciens de State Street et d’H2O lancent un fonds global macro ESG en France

Laurence Marchal
Raphaël Remond et Jérémy Touboul ont créé Lior, une société de gestion ESG qui reverse 10% de ses bénéfices à des oeuvres caritatives.
Raphaël Rémond, fondateur et directeur des opérations de Lior Global Partners

Près de six mois après la création de leur société de gestion à Monaco, Raphaël Remond et Jérémy Touboul font leurs premiers pas en France. Les deux fondateurs de Lior Global Partners, connus pour avoir travaillé respectivement chez State Street et H2O Asset Management, viennent d’obtenir l’agrément de l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour leur fonds de droit luxembourgeois, Lior GP - Alpha Fund. Ce produit, déjà proposé au Royaume-Uni, associe une gestion «global macro» et une approche environnementale, sociale et de gouvernance (ESG).

Le projet Lior – lumière en hébreu – est né début 2020. Jérémy Touboul, qui avait quitté H2O AM fin 2019, se rapproche alors de Raphaël Rémond, qu’il connaît depuis une vingtaine d’années, et lui fait part de son intention de créer sa société autour d’un processus global macro ESG. «L’aventure m’a intéressée à plusieurs égards», raconte Raphaël Rémond, l’ancien directeur général de State Street Banque France, à NewsManagers. Il est séduit par l’idée de mettre au point un fonds global macro ESG, une approche qui était alors «originale et avant-gardiste». Il adhère aussi à la volonté de Jérémy Touboul de distribuer 10% des bénéfices de la société à des œuvres caritatives. Enfin, c’est l’occasion pour lui de mettre ses compétences acquises au sein de grands groupes internationaux au service d’un projet personnel.

La société voit le jour en mars 2021. Elle est actuellement détenue par ses deux fondateurs. Jérémy Touboul en est le directeur des gestions (CIO) et Raphaël Remond, le directeur des opérations (COO). Le duo s'est entouré de plusieurs collaborateurs. L’équipe de gestion se compose de Pierre-Jean Rouleau, récemment responsable du macro-trading pour Pictet Group Americas, et de Gad Moyal, un gérant de fonds quantitatif ayant travaillé chez Edmond de Rothschild AM et Société Générale CIB. La professeure en mathématiques appliquées Helyette Geman, l’ancienne directrice de la recherche macroéconomique de la Banque centrale européenne Lucrezia Reichlin et le consultant Pascal Koenig viennent compléter l’équipe, avec des rôles de conseillers. D’autres recrutements sont à prévoir dans divers domaines au fur et à mesure que la société se développera.

Singularité

Les fondateurs de Lior se sont logiquement positionnés sur le global macro, la spécialité de Jérémy Touboul. L’intégration de l’ESG s’est imposée tout aussi naturellement. «Il était important de nous démarquer de ce qui existait», explique Raphaël Rémond. «L’ESG est un élément clé aujourd’hui pour la gestion du risque et il est de plus en plus demandé par les investisseurs», ajoute-t-il. Pour faire de l’ESG sur un global macro, la difficulté était d’avoir une approche uniforme sur toutes les classes d’actifs (actions, crédit et souverain). Pour cela, la société a développé un modèle et fait appel à Sustainalytics pour fournir les données. «L’approche ESG de ce fournisseur était basée sur les risques et leur couverture des trois univers était la plus étendue», justifie Raphaël Remond.

Des ambitions internationales

En France comme au Royaume-Uni, Lior cible la partie wealth du marché et les conseillers en gestion de patrimoine, susceptibles d’être intéressés par ce fonds tout terrain. Mais la société discute aussi avec des institutionnels et va d’ailleurs lancer un fonds en marque blanche avec un investisseur français.

Au Royaume-Uni, Lior s’appuie sur un partenaire local, mais en France, Raphaêl Rémond et Jérémy Touboul comptent pour le moment sur leur carnet d’adresses. Plus tard, il n’est pas exclu de travailler avec un prestataire.

Lior ne compte pas s’arrêter à ces deux pays et Raphaël Rémond songe déjà à se développer ailleurs en Europe et au-delà. «Tous les pays européens nous intéressent à moyen terme : l’Europe du Sud comme l’Europe du Nord. Je n’oublie pas l’Allemagne, qui est un marché clé et sur lequel on se positionnera lorsque ce sera opportun», anticipe-t-il. «Nous n'excluons pas non plus de discuter avec des partenaires en Asie, au Moyen-Orient, mais aussi aux Etats-Unis», renchérit-il.

Raphaël Rémond préfère rester discret sur les objectifs chiffrés de la société, mais il assure que les ambitions sont «fortes». En tout cas, l’une d’elles est de pouvoir reverser des montants «importants» pour aider plusieurs associations autour des sujets de la jeunesse, de l’éducation et de la santé.