Banques européennes cherchent patron providentiel

Par Amélie Laurin
La succession de Sergio Ermotti semble sur la table chez UBS. Plusieurs groupes européens ont déjà changé de directeur général, ou pourraient le faire, sur fond de restructuration.
Sergio Ermotti, directeur général d’UBS

La valse des dirigeants risque de toucher bientôt Sergio Ermotti. Le directeur général d’UBS a annoncé aux hauts cadres de la banque suisse qu’il souhaitait se retirer cette année, assurait Bloomberg vendredi, de sources proches du dossier. Une chasse aurait été lancée en interne et en externe pour remplacer l’un des vétérans de la finance européenne, en poste depuis neuf ans. Les premiers soupçons sont apparus il y a un an, lorsque le président de la banque, Axel Weber, avait déclaré que Sergio Ermotti et lui étaient arrivés «à un temps où vous avez besoin de commencer à penser à ce que vous allez faire et comment vous allez transmettre la banque à vos successeurs». Une phrase interprétée à l’époque comme le signal du changement.

Sergio Ermotti pourrait faire les frais du vent de renouvellement qui a déjà touché plusieurs de ses concurrents européens, alors que les taux bas rognent inéluctablement la rentabilité du secteur. Chez HSBC, Noel Quinn se démène pour être confirmé à la direction générale qu’il assure par intérim depuis le débarquement de John Flint en plein cœur de l’été. Il pourrait annoncer, ce mardi, lors de l'annonce des résultats 2019, la création d’une bad bank qui inclurait les activités de banque de détail de HSBC France, promise à une cession ou à une sévère cure d’austérité. Un autre établissement britannique, RBS, a également promu l’un de ses cadres, Alison Rose, en septembre dernier. Première femme à la tête d’une grande banque outre-Manche, elle a annoncé, vendredi dernier, une restructuration drastique de la division de banque d’investissement du groupe et l’abandon de la marque RBS au profit de celle sa filiale NatWest.

A l’inverse, Jes Staley a sauvé sa peau chez Barclays il y a quelques jours, malgré une enquête des régulateurs britanniques sur ses liens avec le prédateur sexuel Jeffrey Esptein, décédé l’an dernier en prison. Tous n’ont pas eu sa chance. Blanchi dans une affaire d’espionnage qui a terni l’image de Credit Suisse, Tidjane Thiam a finalement quitté la banque vendredi. Choisi en interne et pur produit du sérail zurichois, son successeur, Thomas Gottstein, doit rassurer clients et investisseurs sur l’avenir du groupe.

QUESTIONS RÉCURRENTES, À LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE

En France, Frédéric Oudéa, en poste depuis plus de douze ans, semble fragilisé par le décrochage de la Société Générale face sa grande rivale BNP Paribas. Bloomberg affirmait en décembre que la banque de La Défense avait mandaté un cabinet de chasseurs de têtes pour lui trouver un remplaçant. «Il n’y a pas de raison de réagir spécialement», a déclaré Frédéric Oudéa début février, lors de la présentation de ses résultats annuels. «Je viens d’être renouvelé pour un mandat de quatre ans (en mai 2019, ndlr). Je suis pleinement engagé. En 2020, je vais continuer la trajectoire et préparer l’avenir», a-t-il ajouté. Pour éteindre les rumeurs de dissensions, le président de la banque, Lorenzo Bini Smaghi, s’est également fendu d’une déclaration. Dans le communiqué des résultats, il a «salué l’action déterminée de Frédéric Oudéa et de l’équipe de direction du groupe Société Générale dans la conduite de la transformation de la banque». Enfin, «la revue régulière des plans de succession fait partie des attributions du conseil d’administration», rappelle une source interne.

Chez UBS, Axel Weber a assuré, le mois dernier, que la question de la succession n’était pas sa priorité. La banque cherche avant tout à réduire l’amende de 5 milliards d’euros que lui a infligée la France pour démarchage illicite et blanchiment aggravé de fraude fiscale. Il n’empêche, de nouvelles têtes ont émergé dans le groupe depuis quelques mois. Sergio Ermotti a promu Suni Harford à la tête de la gestion d’actifs et Sabine Keller-Busse comme présidente de la région Europe-Moyen-Orient-Afrique. Surtout, il a débauché Iqbal Khan chez son rival Credit Suisse pour lui confier la coresponsabilité mondiale de la gestion de fortune. Pour autant, Iqbal Khan ne ferait pas partie des favoris pour le poste de numéro un, en raison de son arrivée récente, croit savoir Bloomberg. Son rôle est toutefois clé. Quelques mois après son arrivée, il a déjà engagé une refonte de la gestion de fortune, premier métier d’UBS. Malgré son rang de numéro un mondial de la banque privée, le groupe suisse est pris en étau entre les taux bas et l’attentisme de ses clients. Le mois dernier, Sergio Ermotti s’est résigné à réviser à la baisse son objectif de rentabilité, formulé il y a tout juste un an. Un exercice auquel plusieurs autres dirigeants européens ont dû, eux aussi, se soumettre.