Hausses générales

De l’inflation. Partout. Le sujet alimente d’ailleurs de nombreuses conversations dans les milieux économiques. Il est vrai que la santé de nos économies et de la finance dépend largement de cette donnée. Seulement, on ne sait pas si le phénomène est temporaire ou non, ni quelle évolution attendre notamment du côté des taux longs. Loin de nous l’idée de participer aux débats des plus éminents spécialistes sur le sujet. Bornons-nous cependant à rappeler que l’inflation étant regardée sur douze mois glissants, la force de sa progression ne peut surprendre. Compte tenu de l’envolée des matières premières prises dans leur ensemble, il faut bien appréhender ce fameux « effet de base » chers aux mathématiciens. Il nous renvoie alors un an en arrière, lorsque le prix du baril de pétrole WTI était négatif, et justifie notamment que les prix de l’énergie aient augmenté de 25 % sur la période outre Atlantique. Certes, cela ne donne pas plus d’indication sur la force du mouvement de hausse des prix mais, à tout le moins, cela permet de remettre le tout en perspective. Par ailleurs, l’inflation pourra avoir fait son œuvre dans des secteurs très différents et pour des raisons multiples. Notons par exemple qu’en un an, toujours aux Etats-Unis, les prix des voitures d’occasion ont progressé en moyenne de 22 % sous l’effet conjugué des fermetures d’usines - crise sanitaire oblige - et de la perception par de nombreux Américains des chèques de subventions pour soutenir l’économie.

Difficile donc de tirer un enseignement fiable. Comme il est également délicat de se prononcer sur l’engouement de certains produits d’épargne qui « surfent » sur une tendance comparable. « L’inflation » des souscriptions du PER par exemple est une bonne nouvelle en soi. A plus de 300 % de progression, cela se comprend. Mais le produit en est au tout début de son existence et, pour ainsi dire, on n’en attendait pas moins. Avec les derniers chiffres communiqués par la Fédération fançaise de l’assurance sur la collecte de l’assurance vie, c’est un peu pareil. A la lecture des données récemment publiées, fin 2020, les encours en unités de compte (UC) représentaient 23 % du total de l’assurance-vie. Or en avril dernier, la part des UC dans les cotisations s’établissait à 37 %. Sachant que cette hausse s’inscrit dans le cadre des très majoritaires contrats dits multi-supports nouvellement ouverts, les épargnants français seraient-ils définitivement conquis par le charme des marchés boursiers ? Sans doute est-ce un peu rapide. Car mécaniquement, ce sont les contrats les plus anciens qui sont les plus susceptibles de subir des retraits, parmi lesquels la proportion de fonds en euros est très supérieure dans les rachats à la part des UC.

Enfin, l’autre donnée « inflationniste » de ces derniers temps, c’est bien l’épargne des Français...  Au premier trimestre 2021, le surplus s’élèverait selon la Banque de France à 142 milliards d’euros, un montant obtenu en soustrayant les flux d’épargne « avant Covid » à 87 milliards d’euros, rapportés aux 229 milliards d’euros constatés à fin mars. Quant aux encours sur les dépôts à vue, ils ont gonflé de plus de 100 milliards d’euros depuis fin 2019, soit une hausse de 20 %. Bercy ne cache plus son désir de voir ce surplus ramené à des niveaux plus « raisonnables ». Chanceux, un indicateur-clé est venu lui redonner espoir : les dépenses de nos compatriotes par carte bleue. En marquant une hausse de l’ordre de 20 % en moyenne par rapport à la même période de 2019, elles ont, elles aussi, nettement décollé. Bref, une sacrée inflation !