Fossile, vrai sujet

En boucle. Le sujet tourne en boucle. Sur les radios, à la télévision, il n’est question que de ça. La hausse du gaz et de l’électricité. Alors qu’en France, le poids de l’énergie dans l’indice d’inflation est voisin de 9 % et donc que l’impact d’une augmentation de 10 % des prix de l’énergie provoque de facto une hausse de l’inflation générale de 1 %, on appréhende assez facilement que cette envolée de la facture énergétique soit un sujet.

Reconnaissons toutefois que le raisonnement est tout de même un peu réducteur. Car en définitive, si l’on se cantonne aux matières premières, ce ne sont pas les seules énergies fossiles qui voient leurs prix flamber, mais toutes ! L’évolution de l’indice Bloomberg Commodity en fournit une bonne illustration. Composé de 23 matières premières différentes, ce dernier est désormais à son plus haut… de tous les temps. En conséquence de quoi cela commence à se gripper dans les rouages des industries européennes, notamment dans les entreprises de secteurs à forte consommation énergétique.

Si l’on cherche à s’en tenir au tangible, c’est bien que, concernant l’inflation, même au sein des plus grandes institutions financières on peine toujours à émettre un avis commun et éclairé sur sa nature. Pour une raison simple : oui le prix des matières premières explose, mais c’est loin d’être la seule raison qui pousse les prix à la hausse. Il existe également des goulots d’étranglement dans nos économies en reprise. A ce titre, la hausse des coûts du transport directement liée à la crise sanitaire fait office de dommage collatéral. Pour preuve, le prix des containers a été multiplié par cinq depuis le début de la pandémie...

Un peu de patience nous permettrait d’y voir plus clair. Malheureusement, les banques centrales – Fed en tête – comptent contrôler tout emballement de leurs économies. Elles sont désormais prêtes à amorcer la diminution de leurs mesures de soutien et préparent par ailleurs les opinions à une remontée des taux. Dès l’an prochain outre-Atlantique. Naturellement, pour donner vie à ce scénario, elles doivent bénéficier d’un « environnement » favorable. L’emploi est une donnée clé, et l’augmentation des salaires également. Pour l’instant, notamment aux Etats-Unis, toutes les conditions ne sont pas réunies. Mais pour combien de temps ?

En France, on n’en est pas là. A sept mois de l’élection présidentielle, le politique prend naturellement part au débat. D’autant qu’avec un chômage en baisse, le vrai sujet n’est autre que le pouvoir d’achat des Français. Un pouvoir d’achat que l’envolée des prix de l’énergie menace directement. L’exécutif ne peut rester inactif, tandis que tournent les chiffres qui font état de sa progression durant le quinquennat. L’argument électoral est trop précieux. Les familles les plus modestes seront aidées, également pour s’assurer que le retour de mouvements sociaux tels que celui des « gilets jaunes » ne sera pas d’actualité. La France n’est d’ailleurs pas la seule à avoir ce genre de préoccupations. Le sujet est brûlant, si l’on peut dire, en Espagne, en Italie, et même en Allemagne. Tout cela tombe bien mal même si la hausse des matières premières est tout sauf une surprise. Elle est la résultante de choix stratégiques tels que l’absence d’investissement dans les secteurs de l’énergie et des métaux par exemple. Au plus bas depuis près de 35 ans, voilà qui a eu pour effet de réduire les capacités de production. De là à penser que la hausse est là pour durer, il n’y a qu’un pas. Que beaucoup franchissent désormais…