L'AMF veut tirer les leçons de l'affaire H2O AM

Thibaud Vadjoux
La supervision européenne doit évoluer pour régler ce type de problème, selon le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Robert Ophèle, président de l'AMF

Pour Robert Ophèle, président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), l’affaire H2O est un « cas d'école » dont il faut tirer les enseignements. Lors d’une audition au Sénat, mercredi 10 mars, il appelle à revisiter la supervision en Europe. « Un superviseur a la charge de l’entité, plusieurs autres s’occupent des fonds domiciliés dans différents pays, d’autres superviseurs encore sont impliqués dans les pays où les fonds sont distribués, c’est un ensemble trop complexe qui ne facilite pas la prise de décision rapide et efficace », déclare le président de l’AMF. Il propose que le superviseur de la société de gestion dispose « du lead », pour centraliser toutes les informations et coordonner la réponse.

Pour Robert Ophèle, la crise de H2O est d’abord « une question de valorisation » et non un problème de liquidité. « A l’origine, H2O investit une partie faible du total de ses fonds dans des actifs illiquides, dans le groupe allemand Tennor. A l’été 2019, après une campagne d’opinion, H2O fait face à 7 milliards d’euros de sortie. Ces sorties sont assurées, il n’y a pas de problème de liquidité, mais proportionnellement, les expositions illiquides deviennent plus importantes, rappelle le superviseur. En mars 2020, la partie liquide des fonds perd beaucoup de valeur avec la chute des marchés. La part relative de l’illiquide devient encore plus importante ». Constatant que la partie illiquide n’arrive pas être vendue, l’AMF se résout à appliquer, pour la première fois, la solution du « side pocket », car « dans une partie significative des fonds, la valorisation n’est pas assurée ». Les entrées et sorties des fonds seront donc suspendues. La mesure a été appliquée à l’ensemble des fonds qui posaient des problèmes (10 milliards d’euros) « afin d’éviter des sorties massives sur les fonds qui resteraient ouverts et pour lesquels l’exposition relative augmenterait encore plus », explique-t-il.

Certains investisseurs s'en sortent bien    

La solution du cantonnement a permis de mettre en liquidation les fonds illiquides soit 1,7 milliard d’euros. Le reste a été ré-ouvert en octobre. « On a compté alors environ 2 milliards d’euros de sorties. Pour ceux qui sont restés sur la partie ouverte, la valorisation a globalement augmenté et dans certains cas, cette valorisation a pu couvrir la partie bloquée, qui est en cours de liquidation dans des négociations complexes », précise-t-il.    

Les difficultés de valorisation d’actifs non cotés ont aussi conduit l’AMF à la suspension de fonds d’épargne salariale d’entreprises non cotées. Avec la crise, l’AMF a enfin dû surveiller « des retraits massifs en mars 2020 en quelques jours » sur les fonds monétaires soit 45 milliards d’euros pour quelque 300 milliards d’encours.