L’AMF revoit en hausse les risques d’instabilité financière

Fabrice Anselmi
La cartographie publiée mercredi met l’accent sur les effets en chaîne liés aux risques macroéconomiques.
RK

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’Autorité des marchés financiers (AMF) constate, dans sa cartographie pour 2022, des risques financiers accrus. Ils sont liés à la fois aux tensions inflationnistes, à l’accélération de la normalisation monétaire, à la solvabilité des entreprises et à une correction des marchés. «Les effets conjugués de la guerre russe en Ukraine et de la résurgence du risque sanitaire en Chine ont dégradé les perspectives de croissance en accentuant les tensions inflationnistes post-Covid», a rappelé Kheira Benhami, chef économiste de l’AMF. Les banques centrales ont remonté les taux, et les marchés financiers ont déjà connu une forte correction, avec pour corollaire des marchés primaires déprimés, pour les actions et les obligations à haut rendement (-80%) davantage que pour les obligations investment grade (-50%).

«Nous pouvons aussi nous inquiéter de la dichotomie avec les marchés non cotés, qui avaient levé d’importants fonds en 2021 et vont devoir les investir», a remarqué Benoît de Juvigny, secrétaire général de l’AMF, en insistant sur les risques de crédit, malgré un niveau de défauts historiquement bas, et de financement, notamment pour les entreprises.

Réallocations brutales de portefeuilles

Pour l’AMF, les risques liés à des valorisations élevées augmentent encore, malgré la correction déjà effectuée. Son analyse de la gestion d’actifs montrait, après le premier trimestre, une baisse de l’actif net, résultant plutôt d’effets de valorisation sur les actions et un peu des flux sortants pour les fonds obligataires. Seuls 86 fonds détenaient des titres russes ou ukrainiens, avec de faibles expositions absolues et relatives. L’AMF s’inquiète davantage des réallocations de portefeuille brutales que la remontée des taux risque d’engendrer, en cas de désynchronisation des politiques monétaires entre Etats-Unis et zone euro, potentiellement au détriment de l’investissement immobilier.

Les cours des matières premières (énergie, métaux, grains) ont aussi explosé et induit des appels de marge inédits – également pour des acteurs non financiers, comme sur le nickel –, que le régulateur suit de près. Il s’inquiète aussi de la montée des risques sur les cryptoactifs, se satisfaisant que l’accord européen MiCA puisse permettre d’envisager plus de régulation.

En revanche, les infrastructures de marché et post-marché ont bien résisté à ce contexte de forte volatilité, notamment à des incidents tels que le flash-crash du 2 mai lors duquel les coupe-circuits ont bien fonctionné.