Taux bas : défis et enjeux pour l’épargne de demain

Appolinaire Tena, consultant chez Square

Les taux bas, les défis et enjeux pour la viabilité et l’attractivité de l’épargne de demainpar Appolinaire Tena, consultant chez Square«(...) Les  taux  bas  sont  nécessaires,  et  vont durer (...), nous devrons ensemble nous y adapter», ainsi clôturait François Vilheroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France lors de son discours  àla  FFA  du  25  octobre  dernier à l’occasionde  la  11èmeconférence  internationale  de l’assurance. Il affirmaitensuite «La nouveauté n’est donc pas les taux bas, ni même les taux négatifs: elle est que ces taux bas doivent durer, compte tenu du refroidissement économique mondial».Ce contextea des conséquences notables sur le marché de l’assurance, et notamment les branches longues telles que l’épargne-retraite. La  gestion  de  ces  branches  dans  un  contexte  de  taux  bas soumet les distributeurs d’assurance à de  nouveaux enjeux: opérer  un partage de  risque  progressif entre  assureurs  et  épargnants,tout  en  proposant des perspectives d’investissements préservant l’attractivité du marché de l’épargne.

La dépendance au fond euro: les raisons de la crise !

Dans  un  contexte  de  taux  durablement  bas,  la  réduction  de  la  part  de  risque  supportéepar  les assureurs est la première nécessité. Cela s’explique notamment par l’impact des taux bas sur les finances des assureurs. En effet, les fonds propres des organismes d’assurance sont soumis à une pression accrue du fait de leur dépendance aux obligations souveraines. En  France,  les  encours  d’assurance-vie  sont  investis  à  plus  des deux  tierssur  les  obligations souveraines (1400 Mds sur près de 1800 Mds), via le fonds euros. Or, avec la baisse progressive des taux  de  rendementdes emprunts d’Etat, lerendement  des  fonds  eurosa  subi  une  régression progressive. Dans ce contexte de rendement négatif, les investissements dans les obligations souveraines se font à  perte,  et  les  assureurs  sont  contraint  de  solliciter  leurs  fonds  propres  afin  de  maintenir le rendement du support euros à flotet préserver la garantie  de  capital des  assurés,  ce  qui a un coup sur leur ratio de solvabilitéLa  pression  exercée  par  les  taux  bas  est  telle  que  de  nombreuses  mesures  exceptionnelles  ont dûêtre  prises  afin  de  préserver la solvabilité des organismes d’assurance. Parmi ces mesures, on retrouve  notammentle décret ministériel pris fin 2019 ayant autorisé l’intégration de 70% du montant  de  la  PPB1dans  le  calcul  du  ratio  de  solvabilité,  ou  encore  la  vague  de  recapitalisation  de certains organismes d’assurance à laquelle nous avons assisté. Néanmoins, ces mesures d’urgence n’ont pas empêché la baisse du ratio de solvabilité moyen des acteurs.

Vers la sanctuarisation du fonds euro!

Augmentation  des  frais  de  gestion,  placement obligatoire d’une partie du capital en unités de compte, les distributeurs d’assurance érigent de véritables barrières à l’entrée des fonds euros, afin de continuer de dissuader les épargnants souhaitant encore y ranger leur épargne. Cette   sanctuarisation  parait  légitime  dans  la  mesure  où  l’ouverture  massive à de   nouvelles souscriptions  auraitpour  effet  de  créer  un  déséquilibre  en  portant  atteinte  à  la  promesse  faite  aux épargnants déjà présent en portefeuille.1Provision pour participation aux bénéfices.

Chez  certains  distributeurs,  cela  setraduitpar l’obligation  de  souscrire  à un  certain  pourcentage d’unités de comptes au-delà d’un certain montant placé. Chez d’autres acteurs, le rendement plancher du fonds euro est évolutif et corrélé à l’intégration d’un certain pourcentage d’unités dans  le  contrat.  Chez  Generali  ou  SwissLife  par  exemple,  le rendement plancher du fonds euro est à 1%, et peut plus que doubler en cas d’intégration d’une part d’unités de comptes.

La marche forcée vers les UC?

Pour autant, les taux-bas ne marquent pas la fin définitive des fonds euros. Désormais, ils jouent un rôle d’amortisseur sur le capital garanti, mais, ne peuvent  plusêtre la solution  pérenne  pour  les épargnants souhaitant une protection à moyen-long terme. Dans  un  environnement derisque  accru, la  dose  de  risque  appliquée  à  chaque  contrat  doit  être modulée  en  fonction  du  profil  de  chaque  épargnant;  appétence  au  risque,  capacités  financières, horizon de placement, la personnalisation de la relation doit devenir la pierre angulaire de la relation épargnant-conseiller, afin de  permettre  une  transition fluide  du monde moribond des  produits sans risque vers les produits à risque modulé.Pour avoir une compréhension claire des enjeux, l’aspect pédagogique de la relation épargnant-conseiller doit  prendreun rôle prépondérant. Le conseiller doit rendre intelligible pour l’épargnant les impératifs et les possibilités de placement offertes par le contexte de taux bas.Le  contexte  actuel  de  crise  économique  rampante  peut  être l’occasion de rendre les unités de compte  plus  attractives,  en  cumulant  profitabilité  économique  et  impact  social.  Les  distributeurs d’assurance peuvent,  dans  un  environnement  de  tarification  transparent  et  lisible,  proposer  des solutions d’investissement dans l’économie réelle (actifs cotés ou non, obligations d’entreprises), en finançant les entreprises de proximité, du quotidien, et,dans une démarche de transition écologique, proposerdes fonds socialement responsables et verts.