Alerte sur les fonds euros : Quelle surprise ?!

Par Georges Nemes, président de Patrimmofi

Depuis des années, les contrats d’assurance vie en euros, sécurisés, liquides et performants, sont le fer de lance des banques et des assureurs. Avec tous les ans, le grand rendez-vous de fin d’année, où chacun se lançait dans une surenchère pour offrir le taux le plus flatteur, synonyme de première place dans les classements de la presse financière et d’augmentation de la collecte. À coups de rendements dopés et de politique commerciale, les assureurs ont habitué les épargnants à des performances totalement décorellées de la réalité économique.

Résultats, le succès de l’assurance vie ne se dément pas chez les épargnants qui en ont fait leur placement chouchou. 1 400 milliards d'euros, soit l’équivalent de plus de la moitié du PIB de la France, sont placés dans ce type de contrat, à 80 % sur les fonds euros. Mais depuis deux mois, c’est le branle-bas de combat chez les assureurs. Chacun fait semblant de découvrir que la situation des assureurs est devenue critique.

Dans un environnement de taux très faibles, les fonds euros, par nature très investis en obligations d'Etat, les plus sûres, sont devenus très pénalisants pour les assureurs, obligés d’augmenter leurs fonds propres en se recapitalisant pour respecter leurs ratios de solvabilité.
Pour mémoire, les fonds propres servent à garantir la sécurité et la liquidité des fonds en euros. Avec un taux négatif aux alentours de -0,4 % pour un emprunt d'Etat français à 10 ans, il devient désormais impossible de sortir une rémunération attractive, voire positive, pour les épargnants.

D’autant que sous l’effet de la hausse des souscriptions et de la baisse du sous-jacent, on observe un effet dilutif pour les anciens contrats. L’un après l’autre, les assureurs annoncent qu’ils vont restreindre l’accès à leurs fonds euros et proposer à leurs clients d’aller vers des fonds en unités de compte (UC), davantage investis en actions et donc censés être plus rémunérateurs mais plus risqués. Ils n'offrent pas la même sécurité, n'étant pas garantis. Comment être un bon conseiller dans ces conditions ? Qui va porter la responsabilité de ces contraintes en cas de contre-performances des UC ? Des annonces qui passent mal, chez les épargnants qui nous questionnent pour savoir s’il faut sortir des fonds en euros ou attendre une remontée des taux. La réalité est que cet environnement de taux bas est contre intuitif pour tout le monde.

Être rémunéré pour emprunter n’a aucun sens. Pas plus que de payer pour déposer son argent en banque. Personne ne sait aujourd’hui si la situation est durable ou même tenable. Sous réserve de l’appréciation que l’on peut avoir de la solidité financière des assureurs, notre conviction est que ceux qui sont investis dans les fonds en euros ne doivent surtout pas sortir, d’autant qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir y retourner. Il faut continuer d’y loger son épargne de précaution, c’est le mode « tirelire ». Pour le reste, une bonne allocation d’actifs serait de mettre ses capitaux dans des UC investies en immobilier, des fonds à formule dont le capital est partiellement sécurisé ou des fonds de « private equity » qui misent sur des sociétés à maturité et solides.

Nous pensons également qu’une stratégie d’investissement passive « Buy and hold » qui consiste à acheter des obligations à même échéance et les garder en portefeuille jusqu’au terme, quelles que soient les fluctuations du marché, est intéressante à la condition que les rendements restent attractifs dans ce contexte de taux d’intérêts négatifs. Cette approche permet de fuir la volatilité des marchés en sacrifiant la liquidité au profit de la performance. Une situation exceptionnelle qui exige une stratégie sur mesure, à examiner très rapidement.