Les perspectives des assureurs restent incertaines

Bertrand de Meyer
L’assurance vie doit se transformer alors que les taux bas affectent les ratios de Solvabilité 2.

Les assureurs ont été présentés comme les gagnants de la pandémie. Pourtant, comme en 2020, Moody’s Investors Service a réitéré sa perspective négative sur le secteur en France. En assurance vie,  après une année 2020 marquée par une décollecte nette de 6,5 milliards d’euros, le modèle pose question. Certes, la faiblesse des taux n’est pas encore problématique au niveau des placements, les taux garantis étant tellement bas (0,5% en moyenne) que les assureurs peuvent répercuter la diminution sur les rendements des épargnants. Mais la décollecte témoigne du changement attendu. Le fléchage de l’épargne accumulée pendant la pandémie s’affichait d’ailleurs comme un enjeu stratégique durant la présentation des résultats 2020, tant pour les assureurs que les bancassureurs.

Ce nouveau paradigme s’installe alors que les ratios de Solvabilité 2 ont diminué en 2020, passant de 256% en moyenne en décembre 2019 à 225% en moyenne en juin 2020. L’agence de notation indiquant même qu’ils sont «sensibles à de nouvelles baisses de taux en raison d’une asymétrie entre les durations des actifs et passifs des assureurs». Une nouvelle baisse augmenterait la duration des passifs car les flux futurs nécessaires au remboursement du capital des assurés augmenterait, pesant sur le ratio de solvabilité. Déjà, les assureurs français étaient parmi les plus exposés aux changements proposés par l'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (Eiopa) sur l’architecture de Solvabilité 2. L’évolution de la composition de leurs bilans s’affirme comme un enjeu majeur.