Les assureurs vie français restent profitables mais sous pression

Fitch a revu à la baisse ses prévisions pour le secteur et s’interroge sur la soutenabilité du modèle à long terme, les besoins en capitaux et la rentabilité des produits.

L'Agefi Quotidien

Le danger n’est pas pour aujourd’hui, mais peut-être pour plus tard. Dans son dernier rapport sur l’assurance, l’agence de notation Fitch Ratings relève que les compagnies d’assurance vie en France restent profitables. Leur marge est et restera positive à moyen terme. Il n’empêche, l’organisme estime que ces sociétés sont aujourd’hui sous pression et a donc revu ses perspectives sur le secteur de l’assurance vie en France à la baisse.

Rien n’indique, à court terme, un quelconque changement dans l’environnement de taux bas. Et c’est bien là le problème. Fitch Rating s’interroge donc sur la pérennité du modèle économique de ces sociétés. Manuel Arrivé, directeur chez Fitch Ratings estime qu’à moyen terme «elles s’adaptent pour compenser la pression des taux d'intérêt très bas sur leur capitalisation et sur leur rentabilité. Et cette adaptation vise à diminuer la sensibilité du bilan au risque de taux»​.

Mais pour se désensibiliser des taux, les assureurs vie devront convaincre les souscripteurs des contrats de se diriger vers des unités de compte. Or, «les investisseurs français restent très attachés aux produits garantis en général et au fonds en euros en particulier», constate Manuel Arrivé. D’ailleurs, même en tenant compte de la baisse des rendements des fonds en euros – certains assureurs ont d’ores et déjà annoncé cette année des rendements de 1% de leurs fonds en euros -, ou encore des barrières visant à décourager l’investissement dans ces produits, Fitch anticipe une baisse de la proportion d’unités de compte collectées dans les prochaines années, pour revenir autour des 20%. Les fonds en euros continueront donc de séduire malgré des rendements à la baisse. Pour mémoire, au mois d’octobre, la proportion d’unité de compte collectée a été de 27%, après 30% en septembre.

Les assureurs prennent par ailleurs, toujours selon Fitch, des mesures pour renforcer leurs capitaux. Cela passe, par exemple, par des émissions classiques de dette subordonnée ou l’utilisation de réassurance, ce qui, selon les acteurs du secteur, n'a rien d'inquiétant. Mais, «des assureurs pourraient aussi mettre des portefeuilles d’assurance vie en extinction pour les céder. Ce n’est pas encore courant en France, comme c’est par exemple le cas en Grande-Bretagne, mais certains pourraient l’envisager»​, déclare Manuel Arrivé.