Les assureurs restent plus nuancés que les banques sur les prêts participatifs

Bertrand de Meyer
Les banques garderont 10% des crédits dans leur bilan. Les 90% restants seront cédés à un fonds qui aura collecté les sommes auprès des compagnies d’assurance vie notamment.
(Photo Bruno Le Maire Twitter.)

Le cadre était réglé depuis longtemps, mais les négociations tardaient avec Bruxelles. La Commission européenne a finalement autorisé jeudi matin le régime de garanties d’Etat voulu par la France, quelques instants avant sa présentation officielle. Il sera composé de prêts participatifs et d’obligations relance garanties par l’Etat. Ces deux outils affichent un objectif de 20 milliards d’euros et l’Etat assumera 30% des pertes sans rentrer au capital des entreprises, soit 6 milliards au maximum. Si jamais ce montant était dépassé, «nous ne compterons pas ce qui est nécessaire pour soutenir l’investissement», a précisé Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et des Finances. La tarification, déterminée par les établissements bancaires, devrait être de 4% à 5% pour les PME et légèrement plus élevée pour les ETI «car les garanties d’Etat y sont plus chères et c’est une exigence de l’Union européenne». Sur son site internet, BNP Paribas indique un coût de l’ordre de 6%.  

Dans ce dispositif, les assureurs joueront un rôle clé. Car les banques garderont 10% du montant des créances à leurs bilans avant de céder 90% des créances restantes à un fonds de place, «sur lequel nous travaillons», qui se chargera de collecter les sommes auprès des compagnies d’assurance-vie, des fonds d’épargne salariale ou des fonds d’épargne retraite.  «Je peux compter sur les assureurs en tant qu’investisseurs avisés pour prendre leur part dans ces dispositifs», affirme ainsi Bruno Le Maire. Dominique Gaillard, président de France Invest, corrobore au sujet des obligations relance garanties par l’Etat en affirmant que «beaucoup de sociétés de capital investissement ont témoigné de leur appétit à participer au processus de sélection dans lequel nous allons associer les assureurs».

«Chaque assureur pourra décider des modalités d’investissement, conformément aux exigences de robustesse, de sécurité et de rendement de ses assurés», tempère Florence Lustman. La présidente de la Fédération française de l’assurance conditionne la réussite de ces deux outils à trois points : «la sélection, avec une bonne répartition en termes de taille et secteur d’activité, la gouvernance de ces fonds, équilibrée entre les trois partenaires, et le rôle des assureurs en tant qu’investisseurs, qui suppose le traitement prudentiel de ces nouveaux instruments.» Notamment, « nous espérons que ce produit bénéficiera d’une pondération en solvabilité pour les assureurs qui soit équivalente aux souverains français. »

Une opportunité dans un contexte de taux bas

La faiblesse des taux impose de trouver des placements plus rentables mais qui restent sûrs. Les prêts participatifs pourraient alors être une opportunité, comme le soulignait Laurent Dunet, directeur général adjoint de Société Générale Assurances : « ce produit peut présenter un couple rendement risque et une diversification intéressante pour nos fonds euros ». Mais « le monitoring du risque et les fonds propres nécessaires » détermineront l’intérêt du groupe, et des autres assureurs, pour les prêts participatifs. Deux éléments qui n’ont pas encore été précisés, expliquant pourquoi les assureurs n’ont pas encore communiqué sur leur participation ou non à ces dispositifs. Et si l’Etat assurera 30% des pertes en capital éventuelles subies par les investisseurs, les prêts participatifs restent des instruments subordonnés, qui ne peuvent être remboursés qu’après toutes les dettes bancaires, justifiant d’autant plus la prudence des investisseurs.

Au contraire, les banques ont très vite indiqué prendre part aux prêts participatifs, à l’image de BPCE qui partageait sur les réseaux sociaux qu’elle serait « à nouveau au rendez-vous » ou de BNP Paribas qui y voit un moyen d’accompagner les entreprises en donnant du sens à l’épargne de ses client. Les établissements bancaires, qui distribueront dès début avril dans leurs réseaux les prêts participatifs, espèrent servir entre 7.000 et 10.000 clients, sans se fixer de limite. les banques ne feront pas face à autant de risques que les investisseurs puisqu’elles ne conserveront que 10% des crédits dans leurs bilans. « On imagine que les prêts participatifs pourraient représenter deux tiers à trois quarts de cette ambition de 20 milliards d’euros », a précisé Philippe Brassac, président de la Fédération bancaire française. Concernant les obligations relance, « notre profession s’est engagée à investir dans 2.500 PME et ETI », a indiqué Dominique Gaillard, président de France Invest. Rouage essentiel du dispositif, les assureurs n'y ont pourtant pas encore totalement adhéré.

L’Etat a choisi des outils de long terme non dilutifs

Accessibles jusqu’au 30 juin 2022 aux PME ayant réalisé un chiffre d’affaires dès 2 millions d’euros en 2019 et à toutes les ETI sans exceptions, le montant des prêts participatifs et des obligations relance pourra atteindre 12,5% du chiffre d’affaires des PME en 2019 et 8,4% du chiffre d’affaires des ETI en 2019. Les entreprises ayant déjà contracté un PGE (prêt garanti par l'Etat) seront aussi éligibles dans la limite de 10% du chiffre d’affaires pour les PME et de 5% pour les ETI. Les prêts participatifs offriront un différé d’amortissement de 4 ans et une maturité de 8 ans et pourraient représenter deux tiers à trois quarts des 20 milliards d’euros annoncés. Les obligations subordonnées seront proposées par des sociétés de gestion et seront à rembourser en une seule fois au bout de 8 ans.