Les assureurs ont perdu 10% de la valeur de leur portefeuille avec la crise

Thibaud Vadjoux
Auditionnée par le Sénat, la présidente de la FFA estime que les assureurs sont durement touchés par la crise. 250 milliards d'euros se sont envolés sur les marchés.
Florence Lustman, présidente de la Fédération Française de l'Assurance (FFA)

Pour répondre aux critiques de l'opinion sur « le manque de réactivité », « l'attentisme voire l'apathie du monde de l'assurance face à la crise », Florence Lustman, présidente de la Fédération Française de l'Assurance (FFA), auditionnée par la commission des finances du Sénat mardi 28 avril, a rappelé l'engagement « colossal » pris par le secteur, soit 3,2 milliards d'euros. 400 millions d'euros sont prévus pour le fonds de solidarité dont 190 millions ont déjà été versés. La FFA a reconnu « un manque de communication » mais le gouvernement s'estime, selon elle, satisfait de ces efforts.

Des assureurs « gravement touchés par la crise »

Florence Lustman a également expliqué que les assureurs s'étaient d'abord concentrés sur la solidité de leurs bilans. « Notre secteur est gravement touché par la crise sanitaire et financière », a-t-elle insisté, appuyant ses propos sur les appels à la prudence de l'ACPR, l'autorité de contrôle du secteur. Selon la fédération, les assureurs ont perdu 250 milliards d'euros sur les marchés financiers, soit 10% de la valeur de leur portefeuille.  En 2019, les portefeuilles avaient gagné 205 milliards d'euros, selon la Banque de France.

« Les assureurs auto équilibrent plus ou moins leurs résultats grâce aux produits financiers chaque année. La baisse des marchés actions est plus importante aujourd'hui que les gains de sinistralité sur la route », a souligné la présidente pour répondre aux critiques sur le non reversement des primes alors que chutent le nombre des accidents de la route. Pour la FFA, les assureurs vont également subir le non paiement des créances et « une forte dérive, possible, de la sinistralité globale ». Les compagnies s'apprêtent notamment à voir augmenter les sinistres sur les contrats de responsabilité civile du personnel médical et des élus locaux, dont les mises en cause commencent à arriver.

Des taxes soutenues par la Sénat

Malgré les annonces des assureurs, les parlementaires souhaitaient mettre davantage la profession à contribution. Au cours de l'examen du dernier projet de loi de finances rectificative (adopté le 17 avril), des amendements proposaient de taxer les assureurs en relevant le taux de la taxe sur les excédents de provisions des assureurs dommages et en rétablissant une taxe exceptionnelle sur les réserves de capitalisation. Ces amendements soutenus par le Sénat n'ont finalement pas été retenus lors du vote final en commission paritaire mixte.

A fin 2018, les assureurs disposaient de 19,4 milliards d'euros de réserves de capitalisation (provisions techniques alimentées par les plus-values obligataires pour faire face à des dépréciations des valeurs de l'actif et des baisses de revenu). En 2011, une taxe exceptionnelle de 10% avait été instituée. Aujourd'hui, elle aurait rapporté 2 milliards d'euros. Mais, « elle n'aurait eu aucune légitimité pour lutter contre le Covid-19 (…) et elle pèserait sur les assureurs-vie très affectés par la crise et qui connaissent des baisses significatives des souscriptions des assurances-vie », a déclaré Philippe Poiget, délégué général de la FFA devant les sénateurs.

Mais le sujet reviendra sur le tapis lors de l'examen de la troisième loi de finances rectificative, a averti Albéric de Montgolfier (LR), rapporteur général de la commission des finances du Sénat, « si les discussions entre Bercy et les assureurs ne donnent pas satisfaction ». Enfin, les parlementaires attendent un rapport du bilan de la sinistralité au 30 juin.