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L'assurance vie allemande mise en danger par la baisse des taux

L'assurance vie allemande mise en danger par la baisse des taux

Avec le système de taux garantis, les compagnies ont de plus en plus de difficultés à faire face à leurs engagements.

Il y a du monde au chevet de l’assurance vie allemande. Les bulletins de santé se multiplient, de l’Eiopa (Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles) au Fonds monétaire international (FMI) en passant par les agences de notation et les services de recherche crédit de plusieurs banques. Le patient est mal en point et le gouvernement allemand s’est trouvé dans l’obligation cet été d’adopter une réforme du secteur qui entre en vigueur le 1er janvier 2015. Elle concerne 113 compagnies pour un portefeuille total de 930 milliards d’euros (35 % du PIB, selon le FMI) et des primes annuelles de l’ordre de 85 milliards, ce qui en fait le sixième marché de l’assurance vie au monde.

Son dilemme est simple : des taux garantis élevés pour plus de 80 % de l’encours (environ 820 milliards) dans un contexte de rendement de l’emprunt d’Etat allemand à 10 ans écrasé, aujourd’hui à 0,7 %, auxquels il convient d’ajouter une duration moyenne des engagements vis-à-vis des assurés importante. « Le marché de l’assurance vie en Allemagne cumule un certain nombre de facteurs de risque », indique une étude de Natixis*. Car outre-Rhin, « le taux du contrat est fixé au moment de la souscription et il reste valable sur toute la durée du contrat, y compris sur les reversements ».
Or les perspectives de taux d’intérêt sont basses pour très longtemps et la pression sur les assureurs vie européens n’est pas près de se relâcher, note Standard & Poor’s qui reprend les conclusions des stress tests de l’Eiopa : les garanties moyennes en Europe sont comprises entre 2 % et 4 % et les principales inadéquations de duration (« mismatch ») se trouvent en Suède, en Autriche et en Allemagne où le taux garanti moyen était de 3,2 % fin 2012, selon le FMI et la Bundesbank. Les assureurs vie allemands sont dans la délicate position de devoir verser à leurs clients un taux supérieur au rendement de leurs placements. Certains assureurs dégagent des marges négatives, explique même le FMI, et quelques compagnies en sont déjà à gérer leur portefeuille de clients en extinction (run-off), selon Natixis. Le risque est concentré chez les petits assureurs, observe le FMI, qui ont un écart de duration plus élevé que les grandes compagnies et sont donc soumis à un risque important de réinvestissement.

ZZR
Le gouvernement et le parlement allemands ne découvrent pas le problème. Régulièrement, ils prennent des dispositions pour remettre le secteur sur ses pieds. La plus importante date de 2011 avec l’adoption d’une réserve additionnelle de taux d’intérêt (Zinszusatzreserve ou ZZR), bien accueillis par les observateurs. Le ZZR a augmenté de 8 milliards d’euros en 2014 à 21,8 milliards, relève l’agence de notation Fitch, et totalise 2,8 % des réserves du marché. Il est inévitable qu’il continue de croître en 2015 et 2016, avertit l’agence**. 
En août dernier, le parlement a diminué le taux garanti de 1,75 % à 1,25 % avec effet au 1er janvier prochain. La mesure s’applique aux nouveaux contrats. Ce qui fait dire à Fitch qu’elle ne soulage pas de manière significative le secteur dont « le principal défi concerne les vieilles polices aux taux garantis beaucoup plus élevés ». En compensation, les frais de chargement maximum des contrats sont abaissés de 4 % à 2,25 %. Pour Fitch, des effets d’aubaine et d’anticipation devraient gonfler le nombre de nouveaux contrats au quatrième trimestre 2014, au détriment de 2015. Enfin, le parlement a décidé une augmentation de 75 % à 90 % de la part du résultat technique devant être partagée avec les assurés, souligne Natixis qui voit là une mesure négative pour les assureurs.
Tout le monde y va de ses préconisations pour éviter de sérieux ennuis à l’assurance vie allemande, comme une diversification des placements vers les covered bonds, une diversification géographique pour bénéficier des spreads,  ou encore le transfert gratuit pour l’épargnant des produits à taux garantis vers des unités de compte (unit-linked) dans le but de transférer le risque de la compagnie vers le particulier. Pour l’heure, si elles se montrent soucieuses de l’état du secteur, les agences de rating ne procèdent pas encore à des baisses de notation. Le dossier de l’assurance vie permet de mieux comprendre pourquoi une fraction de l’opinion publique allemande déplore le faible niveau des taux d’intérêt et accuse la Banque centrale européenne de tous les maux de la Terre.
*'Les assureurs-vie allemands face au risque des taux garantis : le coup de massue' – Cross-expertise research Natixis.
**'2015 outlook : German life insurance' – Fitch Ratings.

 

 

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