Assurance vie : les fonds en euros font de la résistance

Alors que la moyenne devrait être une nouvelle fois en légère baisse, de nombreux assureurs et mutuelles parviennent à maintenir leurs taux sans pour autant recourir à leur provision pour participation aux bénéfices.

La fin de la chute ? Depuis plus de 20 ans, la baisse des rendements des fonds en euros semble inexorable. Le temps où le placement qualifié d’exception française puis d’anomalie française affichait des performances supérieures à 5% (1) est révolu. Avec un taux moyen 2021 attendu aux alentours de 1,10%, selon l’estimation du spécialiste Good Value For Money, contre 1,30% l’an passé, la fin de la baisse ne semble pas pour tout de suite. Cependant, à y regarder de plus près, les premiers taux dévoilés par les assureurs et les mutuelles montrent plutôt une stabilisation.

1,70 % pour l’Afer

Parmi les taux les plus attendus - et qui donnent souvent le ton du marché - ceux des deux associations phares d’épargnants l’Afer et le Gaipare se sont inscrits dans cette lignée. Avec respectivement 1,70% (stable) pour la première et 1,80% (-0,10 point) pour la seconde la baisse a été limitée voire stoppée. Mieux encore, l’Afer, qui compte plus de 750.000 adhérents pour un encours de 56 milliards d’euros est parvenue à stabiliser son taux sans recourir (2) à la provision pour participation aux bénéfices (PPB) . Cette dernière a même été renforcée, à 401 millions d'euros à fin 2021 contre 269 millions l'an dernier. Même constat du côté du Gaipare qui a affecté une dotation de 13,9 millions d’euros à sa PPB en 2021.

L’importance de la diversification

Du côté des bonnes nouvelles, la MACSF a été une des premières à dégainer et a surpris tout le monde en dévoilant des taux en hausse de 35% sur un an ! Son fonds en euros RES, disponible sur les contrats Livret de Prévoyance, RES, RES Multisupport et RES Capitalisation affiche un taux de 2,10% contre 1,55% en 2020. La mutuelle a expliqué que cette forte hausse était due à son niveau élevé de solvabilité (270%), qui lui a permis «d’investir sur des actifs diversifiés, de nature à dynamiser les rendements servis sur le fonds en euros». La répartition à fin 2021 de son actif général confirme cette hypothèse. Avec «seulement» 66,08% d’obligations (dont 56,25% à taux fixe), on est très loin des standards du marché où la part obligataire représente généralement entre 80% et 90% des actifs.

Comme chaque année, Primonial se retrouve également en haut du classement. S’il n’a pour le moment publié que les performances de ses fonds assurés par Oradéa Vie, le groupe continue à aller de l’avant avec 2,35% pour Sécurité Target Euro (0% en 2020) et 2,10% sur Sécurité Infra Euro, stable sur un an. Comme pour la MACSF, la clef du succès de Primonial réside notamment dans la composition de ses fonds en euros. Qu’ils soient en partenariat avec Oradea Vie ou avec Suravenir, la société a su tirer son épingle du jeu avec ses fonds en euros thématiques proposant une diversification tant sur l’immobilier (Sécurité Pierre Euro) que sur les infrastructures (Sécurité Infra Euro). Rappelons, que l’accès à ces fonds est conditionné à un investissement minimum en unité de compte et que le fonds Euro Tremplin ne délivre lui que 1,20% cette année, moins attirant…

Parmi les déceptions, plusieurs acteurs s’inscrivent dans la légère tendance baissière. C’est le cas de la GMF, de la Macif, de La France Mutualiste ou encore de la Carac qui enregistrent des baisses comprises entre 0,05 point et 0,30 point. La Société Générale a quant à elle dévoilé des taux assez bas mais stables.

Comme les années précédentes, c’est du côté de la bancassurance et des vieux contrats qu’il faudra regarder pour comprendre la faiblesse de la moyenne. Des contrats qui plombent ce taux en raison du stock très important encore investi. Il y a fort à parier que le jour où un pouvoir exécutif et législatif s’attaquera à la transférabilité universelle des contrats, la moyenne remontera. Les nouveaux acteurs, fintechs notamment, guettent ce moment avec impatience, le couteau entre les dents.

Qu’ils caracolent en tête du classement ou non, aucun acteur ne parvient pour le moment à battre l’inflation, de 2,8% en 2021. L’assurance vie en euros est donc cette année un placement réellement négatif.

(1) La dernière performance moyenne au-dessus de 5% remonte à 2001 (5,3%)

(2) Au-delà de l’obligation contractuelle, fixée cette année pour l’Afer à 68 millions d’euros.